Cadre au ministère de la Fonction publique depuis 2016, Catherine* mène depuis plus de dix ans une double vie que rien, dans les couloirs de son administration, ne laissait deviner. Une enquête de Jeune Afrique raconte le témoignage glaçant de cette femme aujourd'hui contrainte à la clandestinité, persuadée que sa propre activité de renseignement pour l'État s'est retournée contre elle.
Une fonctionnaire sous fausse identité pour le compte des services
Selon Jeune Afrique, Catherine travaille, sous une identité d'emprunt appuyée par de faux passeports et de fausses cartes d'identité, pour la Direction de la surveillance du territoire, en parallèle de son poste officiel. Sa mission : traquer sur les réseaux sociaux les articles critiques, archiver les publications d'opposants, identifier les auteurs de messages jugés hostiles au pouvoir — parfois cachés derrière de simples pseudonymes — et reconstituer leurs réseaux d'influence. Chaque élément collecté remonte quotidiennement, sous forme de note synthétique, jusqu'à la présidence de la République elle-même.
Une traque qui se retourne contre elle
L'élément le plus saisissant de ce témoignage recueilli par Jeune Afrique tient à ce que Catherine affirme vivre aujourd'hui : convaincue que certains de ses propres rapports ont fini par déranger les plus hautes sphères du pouvoir, elle affirme que des hommes chercheraient désormais à l'assassiner. C'est depuis un abri précaire, prudente au téléphone dans la crainte d'une interception, qu'elle a accepté de se confier à l'enquête, résumant sa situation en une phrase glaçante : « Je ne fais pourtant que mon travail. »
Ce que cette histoire individuelle, documentée par Jeune Afrique, illustre de façon frappante, c'est la manière dont l'appareil de surveillance camerounais peut se retourner contre ses propres agents dès lors que leurs travaux touchent, même involontairement, des intérêts trop puissants — un système où la frontière entre exécutant loyal et cible potentielle peut s'effacer du jour au lendemain.