Anicette K, c’est « le visage de l’indignité qui vient de porter un coup mortel aux combats légitimes des femmes et des féministes », pense Mireille Fomekong. La Camerounaise est formelle, « il fut un temps où la vie privée méritait le silence. Aujourd’hui, elle s’imprime, se filme, se monétise ». Étendu de ses propos.
L’ex-maîtresse de Yaya Touré aurait pu nous épargner l’inventaire minutieux de son intimité. Elle ne l’a pas fait. Elle nous a conviés (sans invitation) dans les conversations vidéo, dans la chambre, dans les détails les plus crus. Le tout livré avec application, comme une méthode.
Il faut reconnaître que nos penchants voyeuristes n’en demandaient pas tant. Mais la marchandise était là. Et comme toute marchandise bien exploitée, elle appelle désormais un livre. Rien de vraiment nouveau, au fond.
Une Camerounaise (Nathalie Koah, ndlr) avait déjà inauguré la recette avec le plus grand footballeur africain (Samuel Eto’o, ndlr) : exposition de la vie privée, indignation mise en scène, puis publication. Le procédé a fait école. L’ex-maîtresse de Yaya Touré en est une élève appliquée. Même scénario, mêmes ressorts, même goût pour l’intime exhibé comme preuve de grandeur par procuration. Je ne parle même pas du livre indigne de Valerie Treiweler qui a mis un coup d’arrêt à la trajectoire politique de François Hollande.
Ainsi, on devient célèbre non par l’œuvre, ni par le talent, ni par l’engagement, mais par la proximité charnelle avec la gloire. Après le livre viendront les plateaux, la posture de « journaliste » auto-proclamée, l’influence et sans doute demain les hommes d’affaires en quête du fruit déjà consacré par la célébrité. Quelle époque admirable.
L’indignité n’est plus dissimulée : elle est assumée, revendiquée, parfois ovationnée. Au risque de paraître ringarde, je persiste à croire à la sanctuarisation de la vie privée. Une femme qui étale son intimité ; quelle qu’en soit la justification, avec un homme public ou non, s’abaisse elle-même. Et les procédures judiciaires transformées en feuilletons médiatiques participent du même obscène théâtre.
Le plus grave n’est pourtant pas là. Ces femmes, et toutes leurs congénères qui empruntent cette voie, sont les véritables fossoyeuses des combats sérieux pour les droits des femmes. Elles affaiblissent nos luttes pour l’équité, l’égalité, la dignité dans la sphère publique. Elles confondent émancipation et exhibition.
Anicette Konan est une honte pour ces combats. Elle parle au nom des femmes sans jamais leur avoir demandé leur avis, utilisant leurs colères comme levier dans une entreprise d’exposition et d’extorsion morale. L’histoire, elle, a la mémoire longue. Et les enfants (si Dieu lui en accorde) liront un jour ce qui fut écrit. Rien ne s’efface. Rien.