L’asphyxie peut-être pas encore, mais l’année 2026 sera sans doute difficile pour les Camerounais. La complexité de l’environnement international avec ses crises multiformes adossée aux difficultés endogènes aussi bien sur le plan socioéconomique que politique ne sont pas de nature à favoriser le plein épanouissement pour la majorité de la population dont une importante frange vit sous le seuil de pauvreté avec un revenu journalier en deçà de 1 000 francs CFA.
Comme si cela ne suffisait pas, la Loi de finances 2026 avec des nouvelles impositions plante le décor d’une vie qui s’annonce plus chère. Cette réalité tangible du quotidien des Camerounais tranche avec tout discours triomphateur ou propagandiste qui voudrait par exemple que l’inflation observe une courbe descendante autour de 3 %, le seuil toléré au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Pris dans l’étau de l’inflation, le Gouvernement semble perdre son latin, arguant sans trop convaincre que le taux d’imposition au Cameroun n’est pas aussi élevé en comparaison avec certains pays du continent. Quid des bons exemples en la matière qui existent pourtant à travers l’Afrique. Aveu d’impuissance ou mauvaise foi caractérisée des gouvernants ?
Toujours est-il que dans son message de vœux de nouvel an à la Nation le 31 décembre 2025, le président de la République Paul Biya a affiché un optimisme qui peut surprendre, affirmant notamment qu’au plan économique et financier, les réformes structurelles que nous avons mises en œuvre, avec l’appui de nos partenaires internationaux, ont permis d’améliorer le profil de nos finances publiques et de préserver les grands équilibres macroéconomiques.
Soit ! Au-delà des promesses, la réalité est là, implacable, la vie est de plus en plus difficile, au point que même des thuriféraires enclins à défendre l’indéfendable ne sauraient nier cette réalité, tant les faits sont saisissants et parlent d’eux-mêmes.
Pourtant, le Gouvernement n’a eu de cesse d’insister sur cette « nouvelle » trouvaille qu’est l’import-substitution qui prône l’accroissement des exportations et la réduction des importations. C’est le fil d’Ariane des politiques budgétaires au Cameroun ces dernières années dont les résultats palpables restent toujours attendus. Que fera le nouveau Gouvernement que le Chef de l’État annonce la formation dans les prochains jours ?
Aurait-il une baguette magique pour inverser la tendance asphyxiante actuelle avec entre autres, un taux de chômage astronomique, un sous-emploi endémique, une dette intérieure et extérieure en perpétuelle hausse, un déficit criard des infrastructures de base, une insécurité inquiétante, un climat politique délétère, une unité nationale à rude épreuve ? Nous ne perdons rien à attendre, car de toute évidence, les Camerounais sauront faire la différence entre les vessies et les lanternes.
Les Pouvoirs publics misent sur un certain nombre de faisceaux pour atteindre les objectifs de croissance parmi lesquels la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SN30) qui prévoit de consacrer 40% des dépenses de l’État à l’investissement, contre 30% dans par le passé. A quatre ans de l’échéance, le saut qualitatif annoncé ne s’empresse pas pour se matérialiser. Où en est-on par exemple avec l’implémentation des mesures visant la réduction des dépenses d’investissements à 22,1 % en 2023 contre 36,3 % depuis 2017 ?
Trois ans après, l’on attend toujours les effets concrets et palpables de la mise en œuvre de l’import-substitution visant à accroître la compétitivité de l’économie nationale. Au contraire, le déficit de la balance commerciale n’a eu de cesse d’augmenter, passant de 1478 milliards de francs CFA en 2021, à plus de 2 000 milliards de FCFA en 2025.
Traduction, le « Made in Cameroun » qu’on prétend – enfin – promouvoir n’est pas encore sorti de l’ornière et par voie de conséquence, n’arrive pas à inverser la tendance inflationniste, synonyme d’une économie fortement dépendante des importations. À l’opposé des beaux discours, les Camerounais sont inquiets pour leur avenir, et se demandent non sans raison, à quand la fin de cette navigation à vue.