Tribalisme – Xénophobie : Les deux armes politiques du RDPC à l’approche des élections

Maurice Kamto And Biya.jpeg Les Camerounais sont invités à dépasser les divisions identitaires

Fri, 12 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Les tensions et discours tribalistes au Cameroun seraient souvent instrumentalisés à des fins politiques, particulièrement lors des périodes électorales. Les campagnes de stigmatisation visant certaines communautés, notamment les Bamilékés et les Anglophones, apparaissent surtout lorsque des personnalités politiques perçues comme de sérieuses menaces pour le pouvoir émergent.

Il y a une question que tout Citoyen devrait se poser, une fois, loin des passions partisanes : pourquoi le tribalisme au Cameroun surgirait-il toujours aux mêmes moments, jamais en dehors des périodes électorales, jamais contre des profils politiques ordinaires, mais systématiquement contre ceux qui incarneraient une menace sérieuse, réelle, incontournable ?

Serait-ce une coïncidence?

Revenons en octobre 1992. Le Cameroun vit sa toute première élection présidentielle pluraliste. Ni John Fru Ndi mobilise des millions de Camerounais bien au-delà de toutes les frontières ethniques. Il obtient bien plus de voix que n'en comptait sa seule région d'origine, preuve que sa popularité transcendait l'ethnie, preuve que des Camerounais de toutes origines avaient reconnu en lui un homme d'une autre dimension. Les résultats officiels lui accordent 35,9% des voix dans un scrutin que l'opposition dénonce comme frauduleux. L'avocat international Akere Muna, présent lors du décompte, affirmera plutard: « En 1992, Fru Ndi a bel et bien gagné. »

Mais ce qui se passe ensuite est peut-être plus révélateur encore que le résultat lui-même.

Selon certaines sources, deux communautés paieraient le prix d'avoir soutenu l'adversaire le plus sérieux que le pays ait produit jusque-là. D’abord, la communauté Anglophone, dont la légitimité politique se trouverait soudainement remise en question. Ensuite les Bamilékés, frappés bien au-delà, dans plusieurs villes où leur présence économique les rend visibles et vulnérables. Non pas parce qu'ils auraient fait quelque chose de répréhensible. Mais parce qu'ils auraient eu le tort de reconnaître la valeur d'un homme.

Arrêtons-nous sur ce détail : les Bamilékés ne sont pas la base ethnique naturelle de Fru Ndi. Ils avaient voté librement, comme des citoyens. Et on les aurait punis pour ça.

Cherchons la logique tribale là-dedans. Il n'y en a pas. Il n'y a que de la mécanique politique froide, calculée et répétable à volonté. Mais c'est l'histoire qui doit livrer la lecture la plus imparable. Et elle mérite qu'on la lise avec impartialité.

Avant Maurice Kamto, des personnalités Bamilékées ou originaires de l'Ouest ont candidaté à la présidence du Cameroun. Adamou Ndam Njoya, intellectuel respecté, ancien ministre, fondateur de l'UDC candidat en 1992, 2004, 2011 et 2018, n'a jamais, en quatre tentatives, franchi la barre des 5% des suffrages. Albert Dzongang, autre figure bamiléké, s'est présenté en 1997 puis en 2011 sous la bannière de son propre parti (Dynamique pour la renaissance nationale). Hubert Kamgang, (Union des populations africaines), ingénieur statisticien originaire de l'Ouest, était lui aussi candidat en 1997 et 2004. Des hommes avec des engagements réels.

Et pourtant. Aucune vague d'hystérie identitaire. Aucune stigmatisation collective de leur peuple. Leurs candidatures sont passées sans que quiconque sonne l'alarme tribale.

Pourquoi ?

Parce qu'ils ne semblaient pas menacer sérieusement l'ordre établi. Parce qu'un adversaire gérable ne déclenche pas la mécanique. C'est seulement quand arrive un homme dont le profil coche toutes les cases à savoir, la compétence, l'intégrité, la popularité transrégionale, la stature internationale que soudain son peuple tout entier deviendrait un problème.

Maurice Kamto, Agrégé de droit public, ancien ministre, juriste de réputation mondiale, l'un des rares Africains à avoir présidé une commission juridique des Nations Unies. Un profil qui ne se fabrique pas, qui ne s'achète pas, qui ne se falsifie pas. Et que se passerait-il ? On ne débattrait pas de ses idées. On ethniciserait sa candidature. En 2025, sa candidature serait tout simplement invalidée avant le scrutin. Le philosophe Achille Mbembe nommera la chose avec une précision : « L'obsession, la fixation anti-Bamiléké instrumentalisée est devenue une technologie de pouvoir. »

Entendons ici, un outil fabriqué, calibré, déployé délibérément chaque fois que surgit un adversaire de haute stature, et rangé dans le tiroir dès que le danger s'éloigne.

La démonstration serait donc complète. Même peuple, même région, plusieurs candidats sur plusieurs décennies et la stigmatisation n'apparaîtrait qu'au moment précis où l'un d'eux deviendrait véritablement incontrôlable. Dans ce cas, ce n'est pas l'ethnie qui activerait la machine. C'est la stature de l'homme et le soutien que lui accorderait un peuple assez lucide pour avoir reconnu sa valeur avant que ce soit tolérable.

Et c'est ici que la question cesserait d'appartenir aux Bamilékés ou aux Anglophones. Elle appartiendrait à tous les Camerounais parce que la mécanique pourrait se retourner contre n'importe quel peuple dès que l'un des siens aurait le malheur d'être bon, populaire, et surtout difficile à écarter. Si tel est bien le cas, cela voudrait dire que si demain surgissait du Grand Nord, du Littoral ou de l'Est un homme ou une femme portant en lui cette même stature d'adversaire incontournable, nul doute qu'on trouverait sans doute le moyen d'ethniciser sa menace différemment mais avec la même logique, la même méthode, les mêmes effets sur des innocents qui n'auraient rien fait d'autre que reconnaître la compétence.

« On peut tromper tout le monde un certain temps, ou quelques-uns tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps », disait Lincoln.

Pour se fixer, le Cameroun devrait donc commencer à compter les fois où ce schéma se répétera. Et les Camerounais de toutes régions, de toutes origines devront commencer à se poser la même question, en silence ou à voix haute : à qui profite vraiment notre division ?

Est-ce au commerçant dont on brûle la boutique? Ou à l'étudiant qu'on somme de choisir entre son candidat et sa sécurité? Ou encore au jeune sans emploi qu'on convainc que son ennemi est le voisin d'une autre région, plutôt que les décisions qui ont ruiné son avenir? On comprendrait alors à qui profiterait notre division et, avant de partager le prochain message qui désigne un peuple comme menace, ou de répercuter la prochaine rumeur qui transforme un compatriote en ennemi, on se posera ces questions suivantes: qui a fabriqué ce message ? Qui en a besoin ? Et est-ce que moi, j'en ai quelque chose à gagner ?

Oui, nos divisions ne sont pas notre nature. Elles sont notre piège. Car ce n’est pas une communauté qu'on redouterait. C'est l'idée qu'un Camerounais quel qu'il soit, d'où qu'il vienne puisse être compétent, intègre, difficile à arrêter.

Et ça, c'est une lecture qui devrait nous réunir parce que ce n’est pas un peuple qui est redouté, mais la compétence.

Hanelore Fotso

Source: www.camerounweb.com