La Communauté urbaine de Douala (CUD) a annoncé, par un communiqué radio-presse signé du maire Roger Mbassa Ndine, une série de mesures destinées à « assainir » le secteur des moto-taxis et à « professionnaliser » cette activité. À compter du 2 avril 2026, les contrôles seront renforcés dans les quartiers d’Akwa, Bali et Bonapriso, avec des sanctions immédiates pour les contrevenants.
Des contrôles systématiques et des sanctions lourdes
Selon le texte, les opérations seront menées par les agents de la police municipale et les « Ambassadeurs du Bon Ordre Urbain ». Les conducteurs commerciaux devront présenter une attestation d’enrôlement dans la plateforme d’assainissement de la CUD ainsi que la chasuble homologuée. Les conducteurs à titre personnel devront quant à eux présenter permis de conduire, carte grise et assurance valides.
En cas d’inobservation, la sanction est immédiate : mise en fourrière de la moto, sans autre forme de procès. La mainlevée n’interviendra qu’après régularisation.
Si la mairie justifie ces mesures par la sécurité publique et l’ordre urbain, de nombreux conducteurs de moto-taxis y voient une nouvelle pression fiscale déguisée. Joint par téléphone, un conducteur du quartier Akwa, qui a préféré garder l’anonymat, témoigne : « Beaucoup d’entre nous peinent déjà à manger, à se loger, à soigner leurs enfants. On économise pendant des mois pour acheter une moto, et là, on nous la saisit pour un simple papier manquant. Pendant ce temps, ceux qui prennent ces décisions roulent dans des véhicules climatisés. »
Un autre conducteur renchérit : « Ils disent vouloir professionnaliser le secteur, mais tout ce qu’ils voient, c’est l’argent qu’ils peuvent tirer des amendes et des fourrières. Le pauvre paie toujours. »
Ces nouvelles mesures interviennent dans un contexte social déjà tendu au Cameroun, où le coût de la vie ne cesse d’augmenter et où les petits métiers du transport informel constituent souvent le seul filet de sécurité pour des milliers de familles. Les associations de défense des conducteurs dénoncent ce qu’elles considèrent comme une « criminalisation » du métier.
« Au lieu de nous accompagner avec des formations, des facilités de paiement et une vraie concertation, on nous frappe là où ça fait mal : sur notre outil de travail. La moto, c’est notre gagne-pain », a déclaré un représentant d’une coopérative de moto-taxis à Douala.
De son côté, la Communauté urbaine de Douala assure que ces contrôles visent à protéger les usagers et à mettre fin à l’anarchie qui règne dans le secteur. « L’enrôlement et la chasuble permettent d’identifier les conducteurs autorisés et de lutter contre l’insécurité », peut-on lire dans le communiqué.
Reste que pour de nombreux Camerounais, cette énième mesure régressive illustre un sentiment plus large d’abandon. « Les dirigeants sont intouchables dans leurs bureaux climatisés. Pendant ce temps, nous, on crève au soleil. Et c’est toujours nous qui payons », conclut un habitant de Bonapriso.
Alors que les opérations doivent débuter le 2 avril, plusieurs questions demeurent : les conducteurs les plus précaires bénéficieront-ils d’un délai pour se mettre en conformité ? La mairie prévoit-elle un accompagnement ou simplement la répression ? Les associations de défense des droits des transporteurs appellent à une rencontre urgente avec le maire de Douala.