La question se complique depuis la révision constitutionnelle d'avril 2026
Paul Biya est absent du Cameroun depuis quarante-trois jours après son départ pour Genève, une situation qui alimente les interrogations sur la gouvernance du pays. Malgré les assurances du gouvernement selon lesquelles le chef de l'État se porte bien, son absence prolongée et son silence nourrissent les spéculations, tandis que plusieurs décisions importantes, notamment un remaniement ministériel, restent en suspens.
Cameroun : quarante-trois jours sans président, le silence qui inquiète
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé pour Genève. Le déplacement est présenté comme un court séjour privé, deux semaines tout au plus. Nous sommes le 20 juillet et le président n'est toujours pas rentré. Cela fait quarante-trois jours que le Cameroun avance sans voir son chef d'État, sans l'entendre, sans recevoir de lui le moindre signe qui rassure.
Le gouvernement affirme que tout va bien. Le ministre de la Communication dément toute hospitalisation et promet un retour rapide. Mais les jours passent et la promesse ne se réalise pas. Seuls des décrets portent encore la signature présidentielle. Les dossiers économiques et sociaux restent bloqués sur un bureau vide. Le remaniement ministériel, annoncé trois fois, dort toujours dans un tiroir. Pendant ce temps, la famille présidentielle se retrouve au grand complet en Suisse, ce qui alimente plus de rumeurs que de certitudes.
Que dit la loi camerounaise sur une telle absence ? Ici, il faut être précis, car les réseaux sociaux racontent souvent n'importe quoi. La Constitution ne fixe aucun délai au-delà duquel un président en voyage privé perdrait automatiquement ses fonctions. Un chef d'État peut rester hors du pays aussi longtemps qu'il le souhaite tant qu'aucune vacance n'est constatée par les institutions compétentes. Ce que prévoit le texte, c'est la procédure à suivre en cas de décès, de démission ou d'empêchement définitif. Dans ce cas, le Conseil constitutionnel doit constater la vacance et l'élection du nouveau président doit se tenir entre vingt et cent vingt jours après l'ouverture de cette vacance.
La question se complique depuis la révision constitutionnelle d'avril 2026, qui réintroduit le poste de vice-président. Sur le papier, ce vice-président devient désormais le successeur naturel en cas de vacance, chargé d'achever le mandat en cours plutôt que d'organiser une élection immédiate. Le problème, c'est que ce poste existe dans la loi mais reste vide dans les faits. Personne n'a encore été nommé. Et selon le nouveau texte, seul le vice-président peut saisir le Conseil constitutionnel pour faire constater une vacance. Le pays se retrouve donc avec un mécanisme de succession qui ne peut pas fonctionner tant que la case principale n'est pas remplie.
En clair, tant que le Conseil constitutionnel ne constate rien, il n'y a ni vacance ni empêchement au sens juridique du terme, quelle que soit la durée de l'absence. Le président reste le président, même à quatre mille kilomètres de son palais, même sans donner signe de vie aux siens. C'est là que le droit s'arrête et que la politique commence, car un pays ne se gouverne pas seulement par des textes. Il se gouverne par la présence, par la parole, par la confiance que les citoyens accordent à ceux qui les dirigent. Et cette confiance, chaque jour de silence supplémentaire l'use un peu plus.
BBlaise Etongtek