Paul Biya demeure le seul à détenir la décision finale
Les rapports de force autour d’une éventuelle vice-présidence au Cameroun mettent en avant Franck Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh. L’on évoque leurs réseaux, leur proximité avec Paul Biya ainsi que les luttes d’influence autour des services de renseignement et de l’appareil sécuritaire.
Toutefois, l’article souligne qu’il s’agit principalement d’analyses et de spéculations, aucune nomination à une éventuelle vice-présidence n’ayant été officiellement annoncée. La décision finale resterait entre les mains de Paul Biya.
Qui va gagner le duel pour la vice-présidence ?
Commentant l’article de Plumey Bobo paru dans Jeune Afrique sur la bataille autour du contrôle des services de renseignement, l’éditorialiste François Soudan, fin connaisseur des réalités politiques africaines, évoque également une bataille de clans autour de la vice-présidence, en mettant notamment en avant plusieurs acteurs proches du pouvoir, dont le SGPR et Franck Biya.
Jeune Afrique a déjà consacré plusieurs analyses aux rapports de force autour de la présidence camerounaise. Le magazine a notamment présenté Franck Biya comme un conseiller officieux de son père et, dans une autre analyse, s’est intéressé au poids croissant de Ferdinand Ngoh Ngoh au sein de la présidence, allié de la première dame.
Tout porte à croire que cette bataille se joue autour des personnalités les plus proches du président de la République, âgé de 93 ans. Dans ce contexte, la proximité avec le chef de l’État constitue nécessairement un élément central des rapports de force au sommet du pouvoir.
Contrairement au SGPR, qui miserait notamment sur des relais institutionnels et politiques, Franck Biya est présenté par plusieurs observateurs comme bénéficiant d’une proximité particulière avec son père. Il est perçu dans l'opinion comme le candidat de la continuité du système Biya, jouissant des réseaux de son père. Ce que semble réfuter ses proches qui promettent une rupture drastique
La bataille autour de l’appareil sécuritaire
Les dernières nominations dans l’armée sont, selon certaines analyses, interprétées comme pouvant traduire des recompositions au sein du dispositif sécuritaire. Cette recomposition porterait la signature de Franck Biya.
Certains observateurs y voient notamment la volonté de renforcer le leadership a rôle de la Garde présidentielle face à d’autres structures sécuritaires, dont le BIR.
Il convient toutefois de distinguer les faits établis des lectures politiques qui peuvent être faites de ces nominations. Les intentions attribuées aux différents acteurs relèvent, à ce stade, de l’analyse et non de décisions officiellement présentées comme faisant partie d’une bataille pour la succession.
François Soudan évoque également une lutte d’influence autour de la DGRE, longtemps considérée comme l’un des principaux services de renseignement du pays. Depuis le départ de Maxime Eko Eko, la question de son contrôle et de son influence dans l’appareil sécuritaire fait l’objet de nombreuses spéculations.
À côté de la DGRE, d’autres structures jouent également un rôle dans le dispositif de renseignement : la DST, les renseignements généraux et les services de renseignement militaire.
La DST est un service central de renseignement et de contre-espionnage rattaché à la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN), dirigée par Martin Mbarga Nguele. Ce dernier est régulièrement présenté comme un acteur institutionnel attaché à la neutralité dans les luttes de réseaux au sein du pouvoir.
Vice-présidence : une fonction stratégique
Qui dit vice-présidence du Cameroun dit nécessairement question de succession constitutionnelle du président de la République, si une telle fonction devait être créée et si ses prérogatives étaient définies dans ce sens.
Contrairement à Franck Biya, dont le nom est régulièrement cité dans les spéculations autour de l’avenir politique du pays, Ferdinand Ngoh Ngoh dispose, lui, d’une implantation institutionnelle construite au fil de nombreuses années au cœur de la présidence.
Le SGPR a également développé des relations avec des milieux économiques, des organisations professionnelles, des autorités traditionnelles et différents acteurs politiques et administratifs. Cette présence dans plusieurs sphères constitue un élément important lorsqu’on analyse les rapports de force autour du sommet de l’État.
Mais, dans ce type de bataille, les réseaux ne constituent pas nécessairement le seul facteur déterminant.
La dernière carte reste entre les mains de Paul Biya
Au-delà des clans, des réseaux et des différentes hypothèses qui circulent, une réalité demeure : la décision finale appartient au président Paul Biya.
À ce stade, aucune nomination à une éventuelle vice-présidence n’a été officiellement annoncée. Les noms de Franck Biya et de Ferdinand Ngoh Ngoh relèvent donc, pour l’essentiel, des analyses et des spéculations autour de la succession au sommet de l’État.
Paul Biya demeure le seul à détenir la décision finale sur l’évolution des institutions et sur les éventuelles responsabilités qu’il pourrait attribuer à ceux qui l’entourent.
Albin Michel Njilo