Vice-président : la situation échappe au contrôle de Biya, vers un chaos total

Paul Biya Revient Mort Vice-président

Mon, 8 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

La création d’un poste de vice-président alimente tous les grenouillages élitaires au cœur du sérail, lit-on dans L’Indépendant, dans la parution numéro 1037. Le journal fait une autopsie d’un naufrage programmé avec en toile de fond, une guerre sans merci pour le trône.

Arrivé à la tête de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre) en fin 2023 à la faveur de l’emballement médiatique autour de l’affaire Martinez Zogo, Jean Pierre Robins Ghoumo était politiquement marqué. Dans certains salons huppés de la capitale, il ne faisait plus de doute que le Secrétaire général à la présidence (Sgpr) venait de prendre sa revanche en provoquant la déchéance de Léopold Maxime Eko Eko. L’ex-patron des services d’intelligence avait eu le toupet de l’interroger sur les grands scandales financiers (Covidgate, Cangate).

Du fait du grand âge du chef de l’État, et une certaine usure du pouvoir, le rappel à Dieu du dernier cercle des fidèles (René Owona, Ferdinand Oyono, Benaé Mpeckè, Belinga Eboutou…) a laissé le champ libre à un Sgpr arrivé en fonction en 2011 et qui a battu tous les records de longévité au poste.

En marge du contrôle de tout l’appareil sécuritaire, Ferdinand Ngoh Ngoh a tissé sa toile, préposant à des fonctions stratégiques des obligés complètement acquis à sa cause. En propulsant un homme lige à la tête de la Dgre, le Sgpr avait du coup la main mise sur tous les rapports des plus confidentiels des services du contre-espionnage. Conforté par une délégation permanente de signature et le pouvoir de discriminer les dossiers à porter à la haute attention du chef de l’État, c’était l’occasion rêvée de prendre une longueur d’avance dans la course à la succession.

Une information ébranle le sérail. Selon Jeune Afrique du 28 mai 2026, Franck Biya aurait écrit au chef de l’État, réclamant le limogeage du Dgre, Jean Pierre Robins Ghoumo, considéré comme pro Ngoh Ngoh. Exacerbé par la fuite d’informations confidentielles sur sa vie privée aux fins de le discréditer, pressenti qu’il est dans la course à la vice-présidence, Franck Biya aurait-il perdu son flegme ? Il aurait proposé à la place de l’actuel Dgre, un colonel de gendarmerie à la retraite, bien au fait des grands dossiers de renseignement de la République. Ancien directeur de la sécurité militaire (Sémil), le colonel Bamkoui pour ne pas le nommer, a toujours affiché une aversion particulière envers les réseaux de prédation et de siphonage névrotiques des deniers publics.

Syndrome de Brutus

Paul Biya a toujours gouverné en laissant le temps au temps, en bon élève de Mitterrand. Une technique du pourrissement que Georges Ngango, compagnon de route résumait ainsi : « Paul est lent à la détente, mais il tire juste. » Le chef de l’État jouit-il encore de la même dextérité ? Toujours est-il que la doléance de son fils, si elle est avérée, en dit long sur les ambitions démesurées de ces roitelets qui ne rêvent plus ni moins que du trône : trahisons, coups bas, chaussetrappes, rythment désormais les allées et les couloirs du palais. Ces grenouillages se cristallisent autour du profil de l’heureux élu au poste de vice-président.

C’est le syndrome de Brutus. Et la longue attente n’arrange rien. La guerre de succession prend les allures d’une guerre de clans entre les cercles concentriques du pouvoir. Les créatures du premier cercle, la famille nucléaire, n’entendent pas voir le chef de l’État devenir l’objet de ces querelles de leadership au cœur du système. Il y a également la patte des derniers légitimistes (Laurent Esso, René Sadi, Jean Nkueté et autres), fidèles des fidèles depuis les premières heures du Renouveau, qui vivent mal le fait d’être de plus en plus relégués à la périphérie. En première ligne, il y a la proéminence de la guerre sans merci entre clan Bulu et clan Nanga.

Dans cette lutte pour le pouvoir, Franck Biya ne va-t-il pas se bruler les ailes ? En quarante-trois ans, la machinerie du système a vu passer dauphins putatifs et authentiques, brisant au passage tant de destins à l’eau de rose, et d’ambitions démesurées. Paul Biya serait-il donc aujourd’hui otage d’un système qu’il a lui-même construit afin de se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam ? Nous sommes en plein dans une situation d’équilibre catastrophique, pour reprendre Antonio Gramsci, philosophe italien.

Pour gérer ces équilibres complexes, Paul Biya est conscient que la moindre bavure dans le choix de l’heureux élu au poste de vice-président, pourrait complètement dérégler la machine. Selon l’article de Jeune Afrique, conscient des clans qui s’affrontent autour du pouvoir, Paul Biya recourt de plus en plus à la Cia et au Mossad (service de renseignement israélien) pour faire contrepoids aux services de renseignement.

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