Victoire des Lionnes : Le message hautement politique de Samuel Eto’o au peuple camerounais

Eto'o Avec La Can Feminine Les joueuses lui ont dédié leur qualification en scandant son nom

Tue, 18 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

La prise de position de Samuel Eto’o après le sacre des Lionnes est une réponse politique à ses détracteurs et révèle une morale à géométrie variable. Un trophée ne suffit pas à effacer les interrogations sur la gestion de la FECAFOOT et Samuel Eto’o est appelé à rendre des comptes sur son mandat.

La morale à géométrie variable de Samuel Eto'o

Il aura fallu quarante-huit heures. Le temps que le trophée traverse Yaoundé sous les acclamations, que les championnes d'Afrique soient reçues au siège de la fédération, et que Samuel Eto'o publie un second texte.

Le premier saluait les joueuses. Le second parle d'autre chose.

Celui-ci n'est pas un communiqué sportif. Il désigne des adversaires, leur prête des mobiles, refuse un débat et se termine par une dédicace au chef de l'État. C'est un texte politique. Il mérite donc d'être lu ligne par ligne.

Disons-le d'emblée. La carrière du joueur reste l'une des plus grandes que l'Afrique ait produites, et rien ici ne la conteste. Samuel Eto'o a par ailleurs le droit de répondre à ses critiques. La question n'est pas là. Elle porte sur l'autorité des arguments qu'il emploie.

CE QUE LE TEXTE FAIT

Il commence par une photographie prise pendant le tour de ville, une joueuse embrassant un enfant. Cette image ne contient ni la fédération, ni son président, ni aucune décision de gestion. Elle sert pourtant de rampe de lancement à vingt lignes qui parlent de lui.

Il affirme ensuite que l'histoire s'écrit par les actes et les résultats. Et il ne cite aucun résultat. Pas un chiffre, pas un chantier, pas une date. Il ne nomme pas la sélectionneuse. Il ne nomme aucune joueuse. Il ne mentionne pas le ministère qui a payé la campagne.

Il énumère enfin ce qu'on pourra dire de lui : le poisseux, le talentueux, le bosseur, le chanceux. Deux compliments, un mot neutre, une anecdote. Rien qui ressemble aux reproches réellement formulés, qui portent sur des contrats, des dettes et des décisions de justice. C'est un adversaire de paille bâti avec ses propres compliments.

LE MIROIR

Le texte vise ceux dont la fortune resterait intraçable. C'est la phrase la plus risquée de l'ensemble, parce qu'elle installe un critère auquel celui qui l'énonce doit d'abord se soumettre.

Le 20 juin 2022, six mois après son élection à la FECAFOOT, Samuel Eto'o a plaidé coupable de fraude fiscale devant la justice espagnole. Le tribunal de Barcelone a relevé un montage de sociétés destiné à ne pas déclarer une partie de ses revenus, avec des droits à l'image logés en Hongrie. Vingt-deux mois de prison non exécutés, 1,8 million d'euros d'amende, environ 3,9 millions dissimulés entre 2006 et 2009.

En juillet 2024, le jury disciplinaire de la CAF l'a déclaré non coupable de manipulation de matches, mais coupable de violations graves des principes d'éthique et d'intégrité. Amende de 200 000 dollars.

Ces deux décisions ne font pas de lui un homme sans mérite. Elles font de lui un homme mal placé pour départager les honnêtes et les autres selon la traçabilité de leur patrimoine.

À QUI APPARTIENT CE TITRE

Le Cameroun avait été éliminé par l'Algérie, 3-1 sur deux matches. Sa présence au Maroc vient du repêchage décidé par la CAF le 4 novembre 2025, après l'élargissement du tournoi à seize équipes. En février, la presse décrivait une sélection sans entraîneur, sans préparation et sans programme. Valentine Nguele a été nommée le 13 juin 2026, deux mois avant le coup d'envoi. L'État a mobilisé plus de 2,735 milliards de FCFA.

Ce titre appartient aux joueuses, qui ont sorti le Nigeria puis le pays hôte. Il appartient à Michaely Bihina, meilleure gardienne du tournoi. Il appartient à une sélectionneuse qui a déclaré au soir de la finale avoir travaillé seize ans pour ce résultat. Il appartient au contribuable camerounais, qui a payé.

Et il faut rappeler le contraste. Pendant que les Lionnes gagnaient à Rabat, les Lions regardaient le Mondial à la télévision.

LA DERNIÈRE LIGNE

Le texte dénonce les fortunes opaques, la médiocrité, les petites places et les petits intérêts. Puis il offre le trophée au président de la République, avec cette formule : il ne manquait plus que cette Coupe d'Afrique féminine.

Cette ligne annule les dix-huit précédentes.

Elle inscrit la victoire dans le patrimoine symbolique d'un pouvoir dont l'opacité budgétaire est documentée depuis des années, et dont le chef n'a pas été vu au Cameroun depuis le 7 juin 2026. Ses félicitations du 16 août sont passées par Facebook. La coupe est rentrée avant lui.

Prenons cette dédicace au sérieux plutôt que d'y voir une maladresse. Samuel Eto'o ne se présente pas comme un contre-pouvoir dans un système défaillant. Il se présente comme un serviteur loyal de ce système, auquel il offre un trophée. C'est une position assumable. Elle est simplement incompatible avec le rôle de censeur moral que le même texte revendique trois paragraphes plus haut.

CE QU'IL FAUT LUI CONCÉDER

Il a nommé Valentine Nguele quand personne ne pariait sur cette équipe. Il a restructuré l'encadrement. Les joueuses lui ont dédié leur qualification en scandant son nom, et ce geste était spontané. Cela existe et doit être écrit.

Mais un dirigeant ne se juge pas sur un tournoi. Il se juge sur un mandat. Et un mandat qui s'achève sur une absence au Mondial masculin, un contentieux à Paris, un recours pendant à Lausanne et une ardoise estimée entre quinze et vingt milliards ne se solde pas par un seul trophée féminin, si beau soit-il.

Il n'existe pas de légitimité morale acquise par procuration. Le football camerounais a gagné une coupe. Il attend toujours des comptes.

L'analyse complète est à lire dans notre édition.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com