Plus d'un mois après le décès en détention de l'opposant Anicet Ekane, président du parti Manidem, sa famille dénonce l'opacité totale entourant l'enquête. Aucune information sur l'autopsie, aucune réponse sur la remise du corps, aucune communication des autorités. Les avocats parlent d'un "black-out total" et réclament une commission d'enquête indépendante.
Le silence des autorités camerounaises devient assourdissant. Un mois et demi après la mort en détention d'Anicet Ekane, opposant politique de 78 ans et président du parti Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), sa famille reste dans l'ignorance la plus totale. Aucune information sur l'enquête, aucun résultat d'autopsie communiqué, aucune réponse concernant la restitution du corps. Un blackout qui interroge et indigne.
« C'est le black-out total », dénonce avec fermeté maître Emmanuel Simh, l'un des avocats de la famille Ekane. Dans une déclaration rapportée par RFI, il affirme : « La famille d'Anicet Ekane est totalement déconnectée de ce qui se passe, aussi bien pour l'enquête que pour l'autopsie qui a été faite, que pour le sort réservé à la dépouille mortelle de cet homme politique. »
Cette situation inédite soulève de graves questions sur la transparence et le respect des droits des familles endeuillées, même lorsque le défunt est une figure de l'opposition.
Anicet Ekane, figure de l'opposition camerounaise et soutien du candidat Issa Tchiroma Bakary lors de la présidentielle du 12 octobre 2025, est décédé le 1er décembre 2025 dans les locaux du Secrétariat d'État à la Défense (SED), où il était gardé à vue.
Les circonstances exactes de sa mort n'ont jamais été officiellement expliquées. Aucun communiqué officiel n'a été publié par le gouvernement pour éclairer l'opinion publique sur les causes du décès d'un homme de 78 ans détenu par les services de sécurité.
Depuis lors, le corps de l'opposant est toujours conservé à la morgue de l'hôpital central de Yaoundé, sans qu'aucune autorisation de remise à la famille n'ait été donnée.
Face à cette situation, les avocats de la famille ont formulé deux demandes essentielles :
1. Le dessaisissement de la gendarmerie
La famille a demandé que l'enquête soit confiée à une commission indépendante, afin d'éviter que la gendarmerie ne soit à la fois enquêtrice et potentiellement impliquée dans les circonstances de la détention et du décès. Une demande légitime pour garantir l'impartialité des investigations.
2. La remise du corps à la famille
Déposée il y a deux semaines, cette demande de restitution de la dépouille n'a toujours reçu aucune réponse, « même pas un coup de fil », précise maître Simh. Une situation humainement insoutenable pour une famille en deuil.
Aucune communication des autorités
« Où se trouve l'enquête ? Nous n'en savons rien. Il y a une autopsie qui a été pratiquée. Quel en est le résultat ? Nous n'en avons aucune idée », déplore l'avocat.
Plus grave encore : aucune instance n'a daigné répondre aux sollicitations de la famille. Ni le ministère de la Défense, ni le Secrétariat d'État à la Défense, ni même le commissaire du gouvernement n'ont pris la peine de communiquer.
Ce mutisme institutionnel alimente les soupçons et nourrit l'impression que les autorités cherchent à enterrer l'affaire en même temps que le défunt.
L'ONU avait appelé à une enquête "rigoureuse et impartiale"
En décembre 2025, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits humains s'était déclaré "consterné" par la mort d'Anicet Ekane en détention. Il avait formellement appelé les autorités camerounaises à garantir une enquête "rigoureuse et impartiale" sur les circonstances du décès.
Un mois et demi plus tard, cet appel semble être resté lettre morte. Aucune commission indépendante n'a été mise en place, aucun résultat d'enquête n'a été communiqué, et l'opacité demeure totale.
La mort d'Anicet Ekane s'inscrit dans un contexte plus large de répression de l'opposition et de violations des droits humains au Cameroun. Plusieurs observateurs y voient un symbole inquiétant : celui d'un régime qui peut faire disparaître un opposant en détention sans avoir à rendre de comptes, ni à la famille, ni à l'opinion publique, ni aux instances internationales.
Le silence autour de cette affaire constitue en soi une réponse : celle d'un État qui refuse de s'expliquer et qui mise sur l'oubli pour tourner la page.
Pour la sœur du défunt, Gertrude Ekane, qui avait déclaré être « fière de son frère, c'est un véritable martyr », l'attente devient insupportable. La famille veut savoir comment et pourquoi Anicet Ekane est mort. Elle veut récupérer son corps pour lui offrir des funérailles dignes. Elle veut que justice soit faite.