Gros dossiers de détournement au Cameroun, des ministres mouillés jusqu'au cou

Ngute Biya Ensemble Soupçons de détournement

Tue, 13 Jan 2026 Source: L'Indépendant n°992

Plusieurs grands projets structurants, censés incarner la modernisation du Cameroun, sont devenus des symboles de dysfonctionnement de la gouvernance publique. Dans le cas de l’autoroute Yaoundé-Douala, l’on a observé des retards chroniques, surcoûts répétés, absence de livraison intégrale malgré des milliards engloutis grâce à des emprunts extérieurs pour lesquels, le peuple camerounais paie déjà des intérêts colossaux.

Les responsables de cette malédiction sont toujours et encore en fonction. L’on n’oublie pas dans ce concert de dysfonctionnements, l’autoroute Yaoundé-Nsimalen avec ses délais non tenus, opacité sur les coûts réels ; la pénétrante Est de Douala marquée par un chantier interminable, malfaçons dénoncées, enveloppes financières revues à la hausse ; le barrage de Memve’ele, projet stratégique entaché de soupçons de mauvaise gestion et d’inefficience opérationnelle ; l’autoroute Kribi-Édéa, censée relier la ville portuaire de Kribi à l'autoroute Yaoundé-Douala au niveau d'Edea, et qui est sans aucun impact économique, pourtant stratégique sur le Cameroun et la sous-région, mais d'autres milliards en emprunts extérieurs y ont été engloutis.

Ici, les travaux ont été caractérisés par lenteur d’exécution et interrogation sur la soutenabilité financière. Que dire du complexe sportif d’Olembe, devenu le symbole national du désordre administratif, avec décès sur chantier, retards majeurs, surfacturations présumées et litiges à répétition et mauvaise gestion, avec à la clé d'autres centaines de milliards de francs CFA en emprunts extérieurs dilapidés et détournés ?

À cette liste s'ajoute un choix de gouvernance particulièrement controversé lié à l'installation de péages dits automatiques sur des routes anciennes, étroites et largement dégradées, parfois dépourvues de voies de contournement, de signalisation adéquate ou de normes de sécurité minimales. Pour de nombreux usagers, cette décision incarne une inversion des priorités faire payer davantage les citoyens avant même d'avoir modernisé les infrastructures concernées.

Parmi les dossiers les plus sensibles de l’ère Dion Ngute, figure celui du secteur minier, et plus particulièrement l'or, ressource stratégique devenue synonyme d'opacité et de soupçons. En effet, alors que l'or devrait constituer un levier majeur de développement, notamment pour les régions minières, il est devenu, pour une large partie de l'opinion, le symbole d'un État incapable de protéger ses ressources naturelles, laissant prospérer des intérêts privés au détriment du trésor public et des populations locales.

Ce scandale minier renforce l'idée d'une économie de prédation, où les richesses nationales profitent à des réseaux restreints, pendant que les territoires producteurs demeurent pauvres, enclavés et sous-équipés. À cette liste déjà lourde s’ajoutent d’autres dossiers moins médiatisés mais tout aussi révélateurs de la défaillance des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes.

Source: L'Indépendant n°992