Selon des révélations exclusives de Jeune Afrique, le président camerounais Paul Biya transformerait le temps en arme politique, maintenant son entourage et ses opposants dans un état d'incertitude permanente depuis des décennies.
Quarante-trois ans au pouvoir et toujours le même mode opératoire. Comme le révèle Jeune Afrique dans une analyse approfondie, Paul Biya a élevé l'attente au rang de doctrine politique. Trois mois après sa réélection d'octobre 2025, le Cameroun reste suspendu à un remaniement ministériel annoncé mais indéfiniment reporté.
Jeune Afrique dévoile les mécanismes d'une stratégie éprouvée : en maintenant ministres, barons du RDPC et opposants dans l'expectative, le chef de l'État camerounais conserverait un contrôle absolu sur l'échiquier politique national. Cette technique du "laisse parler les gens", documentée par le magazine panafricain, aurait permis à Biya de traverser les crises en épuisant psychologiquement ses adversaires potentiels.
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute, en poste depuis sept ans, incarne parfaitement cette politique du statu quo. Malgré les décès en exercice de ministres comme Gabriel Dodo Ndoke, les démissions fracassantes telles celle d'Issa Tchiroma Bakary pour se présenter à la présidentielle, et de multiples scandales, seuls des réaménagements techniques mineurs ont été opérés, note Jeune Afrique.
L'investigation de Jeune Afrique souligne une première historique : lors de ses vœux de fin d'année 2025, Paul Biya a personnellement annoncé un remaniement gouvernemental "dans les prochains jours". Une promesse qui reste lettre morte plus de deux semaines après. Cette annonce inédite, au lieu d'apaiser les tensions, aurait transformé l'appareil d'État en antichambre anxiogène.
Les caciques du RDPC retiennent leur souffle, espérant une reconduction. Les opposants qui misaient sur "l'ouverture politique" promise scrutent en vain l'horizon. Jeune Afrique rapporte que cette stratégie d'usure mentale constituerait le cœur du système Biya, un mécanisme testé et affiné au fil d'une trentaine de gouvernements successifs.
Selon les sources de Jeune Afrique, le nonagénaire de Mvoméka'a savourerait cette tension permanente. En laissant planer les rumeurs sur les noms des futurs ministres et sur le calendrier du remaniement, il maintiendrait l'ensemble de la classe politique camerounaise en état de dépendance absolue. Cette "asphyxie par l'attente" profiterait paradoxalement au maître des horloges politiciennes.
Le magazine révèle également qu'une hypothèse circule dans les cercles du pouvoir : Biya pourrait attendre les législatives de mai 2026 avant de trancher la question gouvernementale. Une temporisation supplémentaire qui prolongerait l'agonie de ceux qui espèrent des changements, tout en consolidant le contrôle présidentiel sur un appareil d'État tétanisé par l'incertitude.