Un document confidentiel révèle comment des escrocs camerounais ont exploité les croyances mystiques et les tensions politiques au Gabon pour extorquer des centaines de millions à une ancienne ministre
Selon des informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, l'arrestation cette semaine d'Hervé Parfait Mbapou au Cameroun lève le voile sur les méthodes sophistiquées d'un réseau de chantage transfrontalier qui a ciblé l'élite gabonaise. Au cœur de cette affaire : l'exploitation cynique des croyances mystiques et des rivalités de palais à Libreville.
Jeune Afrique révèle que tout a commencé en juillet 2020 par une approche subtile : un homme politique camerounais basé à Douala, ancien proche du président Ali Bongo Ondimba, aurait contacté Nicole Asselé, alors ministre gabonaise des Sports et cousine germaine du chef de l'État. Son argument ? Des relations avec des "marabouts béninois capables d'influencer le président gabonais".
Dans un contexte de tensions entre la ministre et Ali Bongo Ondimba, l'escroc présumé aurait proposé à sa cible de recourir à des pratiques mystiques pour "éliminer la première dame, Sylvia Bongo Ondimba", selon le document de dénonciation dont Jeune Afrique a eu connaissance. Cette instrumentalisation des croyances en la sorcellerie et le mysticisme, profondément ancrées dans certains milieux du pouvoir en Afrique centrale, illustre la connaissance intime que les auteurs présumés avaient de leur environnement.
"De l'argent a été perçu sans qu'aucune action réelle ne soit jamais entreprise", précise la dénonciation adressée au ministre camerounais de la Défense, Joseph Beti Assomo. Cette première escroquerie, dont le montant n'est pas précisé, a servi de base de données psychologique : les escrocs présumés avaient désormais la preuve que Nicole Asselé était prête à payer et, surtout, qu'elle craignait d'être associée à un complot contre la première dame.
Jeune Afrique dévoile les détails de l'opération montée le 16 juillet 2020 : une fausse arrestation orchestrée au Hilton Hôtel de Yaoundé, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux pour créer un effet de réalité. Deux complices, Issom Donald et un certain Mohamed Kuaté, auraient été mis en scène menottés, armes disposées à proximité, dans les locaux du Service central de recherches judiciaires camerounais.
Ces images, envoyées à la ministre gabonaise, avaient un objectif précis : la faire paniquer en lui faisant croire que "des éléments compromettants l'impliquant dans une tentative d'assassinat de la première dame" avaient été découverts. La stratégie a fonctionné. Selon les révélations de Jeune Afrique, Nicole Asselé, terrifiée par les conséquences politiques et judiciaires d'une telle accusation, serait entrée en négociation.
Le magazine panafricain révèle que la somme initialement exigée était de 1 milliard de F CFA (environ 1,5 million d'euros), avant d'être ramenée à 500 millions. C'est à ce stade qu'Hervé Parfait Mbapou serait entré en scène, se présentant comme un "haut gradé" grâce à un numéro de service fourni par le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo.
Mais Jeune Afrique dévoile un rebondissement inattendu : l'homme politique camerounais à l'origine de l'escroquerie, se voyant "presque exclu du partage", aurait contacté directement Nicole Asselé pour dénoncer le montage. Une trahison entre escrocs qui a paradoxalement révélé à la victime qu'elle était manipulée.
Selon les informations exclusives de Jeune Afrique, un "arrangement" aurait finalement été trouvé autour de 200 millions de F CFA, présentés comme un "lot de consolation" pour enterrer l'affaire. Mais avec l'ouverture fin 2025 à Libreville des procès visant les anciens responsables du régime Bongo, le chantage aurait repris de plus belle.
La dénonciation révèle que Nicole Asselé recevrait des "appels masqués" et des menaces attribuées à l'homme politique et au lieutenant-colonel Bialo, qui brandiraient toujours la révélation de la prétendue tentative d'assassinat de Sylvia Bongo Ondimba, ainsi que de supposés détournements de fonds publics.
C'est cette persistance du chantage qui aurait poussé l'ancienne ministre à solliciter l'aide d'un intermédiaire pour alerter les autorités camerounaises, donnant lieu à l'arrestation d'Hervé Parfait Mbapou cette semaine. Les interrogatoires en cours pourraient révéler l'étendue réelle de ce réseau et, peut-être, d'autres victimes encore silencieuses.