Après l'assassinat de 14 membres d'une même famille mbororo dans le Nord-Ouest, l'homme politique camerounais pointe du doigt le régime de Yaoundé qu'il accuse de protéger les milices responsables des tueries
"Biya n'est plus au niveau". C'est par cette formule choc que l'homme politique camerounais Valère Bessala a réagi au massacre de 14 membres d'une même famille de la communauté mbororo dans la région du Nord-Ouest. Dans une déclaration sans détour publiée sur les réseaux sociaux, il accuse le président Paul Biya soit d'incompétence, soit d'opportunisme qu'il qualifie de "politico-nécrophagique".
Le drame qui a coûté la vie à 14 personnes d'une seule et même famille mbororo s'inscrit dans le contexte de violence perpétuelle qui frappe les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis plusieurs années. Pour Valère Bessala, ce nouveau bain de sang illustre l'incapacité ou le refus du régime de Yaoundé de mettre fin aux tueries.
"Administrer une solution à un problème qui ne s'éteint jamais, soit on n'est pas au niveau ou à sa place (incompétence), soit on n'a pas la volonté de régler le problème (opportunisme politico-nécrophagique)", écrit-il, résumant ainsi son diagnostic sur la gestion de la crise anglophone par le pouvoir central.
L'homme politique va plus loin en affirmant que les "milices et bandits de grands chemins" responsables de ces massacres sont "encouragés, soutenus et protégés par les dirigeants éternitaires de Yaoundé". Une accusation gravissime qui suggère une instrumentalisation de la violence par le pouvoir.
Valère Bessala dénonce également le train de vie des dirigeants camerounais qui "vivent de nos impôts et à la sueur du peuple", pendant que les populations des régions anglophones continuent de subir des "boucheries perpétuelles".
L'expression "opportunisme politico-nécrophagique" utilisée par Valère Bessala mérite d'être décryptée. En associant la politique à la nécrophagie (l'action de se nourrir de cadavres), l'homme politique suggère que le régime de Yaoundé tirerait profit de la mort et de la violence pour maintenir son emprise sur le pouvoir.
Cette rhétorique radicale reflète la colère et l'exaspération d'une partie de l'opposition camerounaise face à une crise qui dure depuis 2016 et qui a fait des milliers de morts dans les régions anglophones.
Au-delà de ses critiques politiques, Valère Bessala a présenté ses "condoléances et compassion à la communauté mbororo du Nord-Ouest" endeuillée par ce massacre familial. Les Mbororos, éleveurs semi-nomades présents dans plusieurs régions du Cameroun, sont souvent pris entre deux feux dans les conflits qui secouent le pays.
Cette nouvelle tragédie soulève une fois de plus la question de la protection des populations civiles dans les zones de conflit et de l'incapacité ou du manque de volonté politique du régime camerounais à ramener la paix et la sécurité dans les régions anglophones.