Issa Tchiroma Bakary raconte son évasion rocambolesque et son refuge gambien

Tchiroma Gambie Image illustrative

Tue, 20 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

L'ancien ministre et opposant camerounais Issa Tchiroma Bakary vient de lever le voile sur les circonstances de son évasion du Cameroun. Depuis Banjul, capitale de la Gambie, il a révélé lors du programme « MMI Live Show » animé par Project C avoir échappé à une extradition au Nigeria avant de bénéficier d'un accueil diplomatique de haut rang sous la protection personnelle du président Adama Barrow.

Le mystère entourant la sortie du territoire de celui qui revendique la victoire à la présidentielle camerounaise du 12 octobre 2025 s'éclaircit ainsi. Après avoir franchi la frontière nigériane, le leader du Front social et national du Cameroun (FSNC) a frôlé une expulsion forcée vers Yaoundé, avant de réussir à s'échapper une nouvelle fois pour trouver refuge en Gambie, où sa situation sécuritaire semble désormais stabilisée.

Issa Tchiroma Bakary n'a pas caché sa reconnaissance envers le président gambien Adama Barrow pour l'avoir accueilli à un moment qu'il a qualifié de "critique et dangereux" de sa vie. L'opposant camerounais affirme être actuellement traité "comme un chef d'État" à Banjul, bénéficiant d'une garde rapprochée d'une dizaine de gardes du corps et d'un séjour qu'il décrit à la fois sûr et respectueux.

Ce niveau de protection accordé à un opposant politique en exil est inhabituel et révèle l'importance que les autorités gambiennes accordent à leur hôte. Il soulève également des questions sur les implications diplomatiques d'un tel accueil, qui pourrait être perçu comme un affront par Yaoundé, particulièrement dans un contexte post-électoral déjà tendu.

Sur le plan de l'action politique, Issa Tchiroma Bakary se montre toutefois prudent dans ses déclarations publiques. Il a indiqué que des considérations diplomatiques l'empêchent de tenir des propos révolutionnaires depuis la Gambie, soulignant qu'il se doit de respecter les obligations internationales du pays hôte.

Cette posture illustre parfaitement le concept de "réserve diplomatique" qui s'impose souvent aux exilés politiques afin de ne pas fragiliser les relations entre l'État d'accueil et le pays d'origine. Comme le dit un proverbe local, "on ne siffle pas dans la maison de celui qui vous héberge". L'opposant camerounais semble avoir intégré cette contrainte, ménageant ainsi ses relations avec les autorités gambiennes tout en maintenant sa revendication de victoire électorale.

Se tournant vers ses partisans, Issa Tchiroma Bakary a remercié les membres de la diaspora camerounaise pour leur soutien constant depuis son départ du pays. Il a également réitéré sa promesse de transition politique, assurant que s'il accède au pouvoir, il veillera personnellement à ce que tous les Camerounais vivant en exil puissent rentrer au pays en toute sécurité.

Cette déclaration résonne particulièrement dans un contexte où de nombreux opposants et activistes camerounais vivent à l'étranger, certains par choix, d'autres contraints par des poursuites judiciaires ou des menaces sur leur sécurité. Le leader du FSNC se positionne ainsi comme le garant d'un futur retour possible pour cette communauté dispersée.

Le gouvernement camerounais n'a pas encore réagi officiellement à ces révélations sur les facilités de protection dont dispose l'opposant en Gambie. Ce silence pourrait être stratégique, les autorités camerounaises préférant peut-être ne pas donner davantage de visibilité médiatique à Issa Tchiroma Bakary, ou évaluant leurs options diplomatiques vis-à-vis de Banjul.

La question de l'avenir des relations diplomatiques entre Yaoundé et Banjul reste désormais au centre des préoccupations des analystes. L'accueil accordé à un opposant qui conteste officiellement les résultats de la présidentielle camerounaise pourrait créer des tensions entre les deux pays, bien que la Gambie ait historiquement maintenu une tradition d'accueil des réfugiés politiques africains.

Le parcours d'Issa Tchiroma Bakary, de son évasion du Cameroun à son installation protégée en Gambie, soulève de nombreuses questions. Comment a-t-il réussi à échapper à une extradition au Nigeria ? Quels réseaux diplomatiques ont facilité son accueil en Gambie ? Quelle sera la réaction de Yaoundé face à ce qu'il pourrait considérer comme une ingérence dans ses affaires intérieures ?

Source: www.camerounweb.com