Le président de l'Assemblée nationale du Cameroun, Cavayé Yéguié Djibril, a été évacué en urgence vers l'Afrique du Sud pour raisons médicales. Mais selon l'auteur de cette analyse, son entourage aurait orchestré une vaste opération de désinformation pour nier cette évacuation, mobilisant notamment la CRTV. Cette affaire intervient dans un contexte de tensions entre l'octogénaire et le président Paul Biya.
Cavayé Yéguié Djibril évacué en Afrique du Sud : comment les réseaux du président de l'Assemblée nationale du Cameroun orchestrent la manipulation
Yves Plumey BOBO
À travers des vidéos détournées et des images volontairement sorties de leur contexte, les réseaux de Cavayé Yéguié Djibril, l’éternel président de l’Assemblée nationale, se sont activés pour contester son évacuation sanitaire d’urgence vers l’Afrique du Sud. Une vaste opération de communication dans laquelle a été mobilisée la CRTVweb , le très controversé média d’État camerounais, souvent accusé de jouer le rôle de relais de la propagande des gérontocrates du régime de Paul Biya.
Pourtant, selon nos informations, c’est bien le cabinet du président de l’Assemblée nationale, dirigé par Boukar Abdourahim, qui a affrété, à un coût particulièrement élevé, l’avion médicalisé ayant assuré ce transfert. L’appareil est reparti vers le Cameroun deux jours plus tard. Un schéma qui n’a rien d’exceptionnel pour l’octogénaire, déjà coutumier de ce type d’évacuations sanitaires, notamment lors d'un de ses déplacements en Turquie.
Selon nos informations, le seul dossier d’évacuation sanitaire alors enregistré à la présidence concernait effectivement le président de l’Assemblée nationale. Une source au secrétariat général de l’Assemblée nationale a d’ailleurs confirmé l’opération, précisant qu’elle s’était déroulée « dans la discrétion ».
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Cavayé Yéguié Djibril fait l'objet de critiques récurrentes sur son comportement et plusieurs de ses discours - crédit photo: DR
En froid avec Paul Biya
Le malaise qui entoure aujourd’hui Cavayé Yéguié Djibril trouve son origine dans son exclusion de la cérémonie des vœux du 8 janvier au Palais de l’Unité, décidée sur instruction directe du chef de l’État. Une décision qui sanctionne des prises de position jugées imprudentes et inappropriées à l’égard de Paul BIYA .
Invité le 6 novembre à la présidence à l’occasion de la cérémonie consécutive à la proclamation des résultats, l’homme de 86 ans, à la tête de l’Assemblée nationale depuis plus de trois décennies, aurait tenu des propos considérés comme incompatibles avec les usages protocolaires. Il aurait plaidé pour un remaniement gouvernemental rapide, exprimé son exaspération face à certains membres de l’équipe en place, notamment « les anciens », et suggéré la nomination de son directeur de cabinet, Boukar Abdourahim, au gouvernement. Il aurait également évoqué la nécessité de changements au sein même de la haute administration présidentielle, citant nommément Ferdinand Ngoh Ngoh