Révélations exclusives : comment le fils de l'ancien ministre camerounais mène une offensive tous azimuts contre les réseaux séparatistes depuis la Californie
Derrière l'image soignée de l'avocat californien se cache un activiste judiciaire hyperactif, dont les méthodes suscitent autant d'admiration que de controverses. Selon des révélations exclusives publiées ce mardi par le magazine Jeune Afrique, Emmanuel Nsahlai, avocat inscrit au barreau de Californie et fils de l'ancien ministre camerounais des Transports Christopher Nsahlai, a directement sollicité la Maison-Blanche pour bloquer l'asile politique de militants séparatistes ambazoniens.
Jeune Afrique révèle l'existence d'une correspondance officielle datée du 13 novembre 2024, dans laquelle le président américain Joe Biden répond à une requête formulée quelques mois plus tôt par Emmanuel Nsahlai. Dans cette lettre, l'avocat appelait le président des États-Unis à « bloquer les demandes d'asile de militants séparatistes ambazoniens, à expulser ceux déjà installés sur le sol américain et à renforcer la sécurité aux frontières afin de prévenir toute nouvelle entrée ».
Selon Jeune Afrique, la Maison-Blanche a répondu de manière prudente et strictement institutionnelle, se limitant à rappeler les dispositifs existants en matière d'immigration et de contrôle des frontières. Mais pour Emmanuel Nsahlai, l'essentiel était ailleurs : inscrire la crise anglophone camerounaise dans l'agenda judiciaire et sécuritaire américain.
Des contacts avec les futurs responsables de l'administration Trump
Jeune Afrique révèle également que l'avocat multiplie les démarches auprès des nouvelles autorités américaines. Il aurait notamment échangé avec Matt Gaetz, alors pressenti pour le poste de procureur général sous l'administration Trump, ainsi qu'avec le nouveau patron américain de l'immigration, afin d'évoquer les dossiers pénaux impliquant des figures du séparatisme ambazonien.
Cette stratégie d'influence directe auprès des plus hautes instances américaines illustre l'ambition de Nsahlai : transformer la lutte contre les séparatistes en priorité sécuritaire pour Washington.
Selon les informations dévoilées par Jeune Afrique, Emmanuel Nsahlai a déposé des plaintes criminelles contre « près de 200 » responsables ou activistes liés au mouvement séparatiste, ainsi que contre des organisations soupçonnées de financer la lutte armée. Une offensive judiciaire massive qui applique sa devise empruntée au lexique militaire : « Disrupt, Dismantle, Defeat » – perturber, démanteler, vaincre.
Jeune Afrique rapporte que cette méthode consiste à s'attaquer aux circuits de collecte de fonds, aux transferts financiers, aux réseaux de propagande, aux achats d'équipements et aux soutiens opérationnels, souvent organisés depuis l'étranger. L'objectif : asphyxier les groupes armés en coupant leurs sources vitales.
Mais Jeune Afrique révèle également une face moins glorieuse du personnage. L'avocat aurait été accusé par un juge fédéral américain d'avoir « tout simplement abandonné une procédure qu'il avait lui-même engagée ». Une accusation qui jette une ombre sur l'image de professionnalisme que cultive Emmanuel Nsahlai.
Cette révélation soulève des questions sur les méthodes employées par l'avocat, qui semble privilégier la quantité à la qualité dans ses offensives judiciaires, au risque de compromettre la crédibilité de certains dossiers.
Jeune Afrique rappelle également qu'au-delà de son activisme dans les dossiers liés aux séparatistes de l'Ambazonie, Emmanuel Nsahlai s'est progressivement imposé comme l'un des avocats de référence de la famille présidentielle camerounaise. Il s'est notamment illustré comme conseil de Brenda Biya, fille du chef de l'État, dans une affaire de diffamation très médiatisée aux États-Unis l'opposant à la chanteuse et entrepreneure Dencia (née Reprudencia Sonkey).
Lors de la dernière élection présidentielle du 12 octobre 2025, alors que le régime faisait face aux critiques d'Issa Tchiroma Bakary – opposant qui s'est déclaré vainqueur –, Emmanuel Nsahlai affirmait dans une interview que « le président Paul Biya a gagné proprement et clairement », assurant n'avoir observé « aucune preuve de fraude électorale ».
Ces révélations de Jeune Afrique soulèvent une question centrale : Emmanuel Nsahlai agit-il en tant qu'avocat privé défendant des convictions personnelles, ou comme un agent d'influence non déclaré du gouvernement camerounais ? C'est précisément cette interrogation qui alimente aujourd'hui la contre-offensive des réseaux ambazoniens, qui cherchent à le faire reconnaître comme « agent étranger » au sens de la loi américaine.
Comme le conclut Jeune Afrique, loin des régions anglophones du Cameroun où la guerre sévit depuis près d'une décennie, la bataille fait également rage sur le sol américain, dans un affrontement judiciaire et politique dont Emmanuel Nsahlai est devenu l'une des figures centrales.