L'Ambazonia Governing Council engage Moran Global Strategies pour 96 000 dollars par an afin de faire reconnaître Emmanuel Nsahlai comme "agent étranger" du régime de Yaoundé
La guerre judiciaire autour de la crise anglophone camerounaise prend un nouveau tournant sur le sol américain. Selon des révélations exclusives du magazine Jeune Afrique publiées ce mardi, l'Ambazonia Governing Council (AGC), organisation séparatiste dirigée par Obadiah Mua et proche du leader Cho Ayaba, a signé le 8 janvier dernier un contrat avec le cabinet de lobbying américain Moran Global Strategies (MGS).
D'après les informations dévoilées par Jeune Afrique, ce contrat d'une durée d'un an prévoit une rémunération mensuelle de 8 000 dollars, soit un investissement total de 96 000 dollars. Le cabinet MGS, fondé par Jim Moran, ancien membre démocrate du Congrès américain, est désormais chargé de sensibiliser les institutions américaines – Congrès, Sénat, think tanks et responsables de l'exécutif – à la situation dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.
Cette offensive marque une riposte organisée face aux succès judiciaires remportés par l'avocat Emmanuel Nsahlai, qui a multiplié les plaintes contre des activistes séparatistes installés aux États-Unis. Jeune Afrique rapporte notamment les condamnations en décembre 2025 de Francis Chenyi, 52 ans, et de Lah Nestor Langmi, 49 ans, tous deux citoyens américains reconnus coupables par un jury fédéral de financement de groupes armés au Cameroun.
Mais l'objectif principal de cette stratégie va au-delà de la simple communication institutionnelle. Selon Jeune Afrique, l'AGC et ses soutiens cherchent à faire reconnaître Emmanuel Nsahlai comme un "agent d'influence non déclaré" opérant pour le compte du gouvernement camerounais. Leur ambition : obtenir son inscription officielle au registre du Foreign Agents Registration Act (FARA), la loi américaine qui encadre les activités de lobbying menées pour le compte de gouvernements étrangers.
Dans une lettre datée du 25 février 2025 et révélée par Jeune Afrique, Moran Global Strategies cible explicitement l'avocat californien en le présentant comme un « exemple clair de répression transnationale ». Le cabinet de lobbying s'étonne qu'il ne soit pas enregistré comme agent étranger « alors même qu'il travaille clairement pour le gouvernement camerounais ».
Si cette démarche aboutissait, Emmanuel Nsahlai verrait ses activités placées sous une surveillance accrue des autorités fédérales américaines, notamment du FBI. Une telle inscription au registre FARA pourrait compromettre sa crédibilité professionnelle et limiter sa marge de manœuvre dans les dossiers qu'il défend actuellement.
Jeune Afrique souligne que cette bataille illustre l'internationalisation croissante du conflit anglophone camerounais, qui ne se joue plus seulement sur le terrain militaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais également dans les couloirs du Congrès américain et devant les tribunaux fédéraux.
La stratégie déployée par l'AGC traduit une prise de conscience : face aux succès judiciaires de l'avocat pro-Biya, les séparatistes ambazoniens doivent désormais investir massivement dans l'influence politique et médiatique aux États-Unis. Comme le révèle Jeune Afrique, il s'agit officiellement de « rééquilibrer une narration dominée jusqu'alors par l'approche sécuritaire défendue par Emmanuel Nsahlai ».
Mais au-delà de ce rééquilibrage narratif, c'est bien l'avocat lui-même qui devient une cible stratégique. En cherchant à le faire reconnaître comme agent du régime de Yaoundé, les réseaux ambazoniens espèrent affaiblir l'un des principaux architectes de la répression judiciaire dont ils font l'objet aux États-Unis.
Cette bataille révèle également la professionnalisation croissante des deux camps. D'un côté, Emmanuel Nsahlai applique sa méthode « Disrupt, Dismantle, Defeat » (perturber, démanteler, vaincre) en s'attaquant aux circuits financiers et logistiques des groupes armés. De l'autre, l'AGC mobilise des ressources financières conséquentes pour recruter des lobbyistes expérimentés et influencer l'opinion publique américaine.
Selon Jeune Afrique, cette escalade traduit une réalité : loin des régions anglophones du Cameroun où la guerre sévit depuis près d'une décennie, la bataille fait également rage sur le sol américain, dans les cabinets d'avocats, les bureaux du Congrès et les couloirs de la Maison-Blanche.