Dans une affaire qui révèle les failles de la gouvernance du football camerounais, la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) a instauré, le 23 janvier 2026, un Comité Provisoire de Gestion pour l'Éclair Football Fille de Sa'a (EFFSA). Une décision qui soulève une tempête de contestations juridiques. Entre suspension administrative non motivée, violation de l'autonomie des clubs et confusion des pouvoirs, cette mesure apparaît davantage comme un coup de force administratif que comme un acte de régulation légitime. Le club concerné dénonce une illégalité manifeste, tandis que les observateurs pointent un dangereux précédent pour le football féminin et l'ensemble du mouvement sportif camerounais. Décryptage d'un imbroglio qui met en lumière les dérives d'une fédération accusée de confondre gestion fédérale et pouvoir absolu.
Soit la FECAFOOT s’est trompée, soit elle a activé le mode règlement de compte, soit elle est de mauvaise foi : EXPLICATIONS
La Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) vient, par une Note de Service datée du 23 janvier 2026, d’instaurer un Comité Provisoire de Gestion pour le club Éclair Football Fille de Sa'a. En surface, il s’agirait d’une mesure de régulation pour pallier l’absence d’un exécutif. En réalité, cette décision révèle une série d’irrégularités flagrantes et constitue un acte administratif juridiquement infondé, qui mérite une analyse critique sans concession.
Tout d’abord, le fondement même de cette mesure est contestable. La Note de Service s’appuie sur une précédente correspondance (n°1300/25/FECAFOOT/SG du 05 octobre 2025) ayant prononcé la « suspension administrative » du club. Or, une suspension est une sanction grave qui doit reposer sur des motifs précis, légalement établis, et respecter une procédure contradictoire. La FECAFOOT ne fournit aucune justification sur les causes de cette suspension initiale dans le document présent. Agir sur la base d’un acte antérieur dont les motifs ne sont pas rappelés, c’est construire une décision sur un fondement opaque et potentiellement arbitraire.
Ensuite, et c’est là le cœur du problème, la procédure choisie est un détournement manifeste de la loi. La FECAFOOT constate l’absence d’un exécutif légal et légitime et, plutôt que de veiller à la tenue d’élections internes conformes aux statuts du club, elle impose un comité de gestion de sa propre initiative. Ce comité, dont les membres sont nommés par la fédération, constitue une mise sous tutelle directe du club. Cette ingérence dans l’autonomie de gestion d’une association affiliée est excessive et disproportionnée. Elle viole le principe fondamental de la libre administration des sociétés sportives, pourtant reconnu par les textes régissant le mouvement sportif.
Par ailleurs, l’argument des « procédures pendantes » devant les commissions juridictionnelles est inopérant, voire fallacieux. En effet, si des procédures sont en cours, le rôle de la FECAFOOT est d’en attendre l’issue avant d’intervenir. La mise en place d’un comité « provisoire » par le Secrétaire Général, en pleine instruction de ces procédures, est une immixture intolérable dans le travail des dites commissions. Elle préjuge de leur décision et instaure un fait accompli qui pourrait influencer leur jugement. C’est une confusion des genres entre la fonction administrative et la fonction juridictionnelle, totalement contraire à l’éthique et à la bonne gouvernance.
Enfin, les modalités pratiques de cette décision achèvent de la discréditer. La Note de Service est signée par le Secrétaire Général, M. Mandong Isaac Noé. La question de sa compétence réelle pour prendre un acte de cette gravité se pose immédiatement. Un tel bouleversement de la gouvernance d’un club affilié relève normalement du Bureau Exécutif ou du Président de la Fédération, après délibération. De plus, la composition du comité, désignée sans aucune consultation des parties prenantes du club (dirigeants historiques, joueuses, supporters), est l’illustration d’un autoritarisme administratif déconnecté des réalités du terrain.
En conclusion, la Note de Service n°/2026/FECAFOOT/PDT/SG est moins un acte de sauvetage qu’un coup de force administratif. Elle est juridiquement infondée car :
1. Elle s’appuie sur une sanction antérieure aux motifs non explicités.
2. Elle porte une atteinte grave et disproportionnée à l’autonomie du club.
3. Elle interfère indûment avec des procédures juridictionnelles en cours.
4. Elle semble émaner d’une compétence discutable et méconnaît les principes de gouvernance.
En procédant ainsi, la FECAFOOT ouvre la porte à un précédent inquiétant : celui d’une fédération qui peut, à sa convenance, écarter des dirigeants, nommer des comités, et lever ou imposer des sanctions, sans décision juridictionnelle formelle.
Ce glissement vers l’arbitraire administratif est incompatible avec les principes de gouvernance prônés par la FIFA elle-même.
Cette note de service n’est pas seulement contestable, elle est juridiquement infondée. Elle viole les principes de compétence, de contradictoire, de proportionnalité et de séparation entre l’administratif et le juridictionnel.
À défaut d’être annulée par les instances compétentes, elle restera le symbole d’une FECAFOOT qui confond gestion fédérale et pouvoir absolu, au mépris du droit et de la crédibilité institutionnelle.
[Blaise ETONGTEK | Rédacteur CFOOT]