Démission : coup de tonnerre, Joseph Dion Ngute a pris une grande décision à la veille du remaniement

Cameroun Dionngute.jpeg Image illustrative

Mon, 2 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Jeune Afrique révèle les circonstances inédites qui ont poussé le Premier ministre camerounais à brandir sa démission comme ultime recours face à la présidence

C'est une première dans l'histoire politique du Cameroun de Paul Biya. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a menacé de claquer la porte, mettant sa démission dans la balance lors d'une réunion de crise sur le port de Douala. Jeune Afrique révèle les coulisses d'un bras de fer qui pourrait redessiner la carte du pouvoir à Yaoundé.

Selon les informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, c'est lors de la réunion interministérielle du 29 janvier 2026, en présence de plusieurs membres du gouvernement dont Jean Ernest Ngallé Bibéhè et René Emmanuel Sadi, que Joseph Dion Ngute a franchi le Rubicon. Face aux instructions contradictoires émanant de la présidence, le Premier ministre a clairement indiqué qu'il préférait démissionner plutôt que de cautionner une décision qu'il juge contraire à l'État de droit.

"Jamais sous Biya on n'avait vu un Premier ministre menacer de partir pour imposer sa ligne", confie à Jeune Afrique un participant à cette réunion sous couvert d'anonymat. "Dion Ngute était visiblement à bout. Il a martelé que sa responsabilité de chef du gouvernement était engagée et qu'il ne pouvait pas accepter qu'un directeur général de port dicte sa loi à l'État."

Jeune Afrique a pu reconstituer les motivations profondes qui ont conduit Joseph Dion Ngute à envisager sérieusement de quitter ses fonctions. Au-delà du dossier du port de Douala, c'est toute la question de son autorité comme chef du gouvernement qui est en jeu.

Selon nos sources, Dion Ngute considère que Cyrus Ngo'o, le directeur général du PAD, a sciemment outrepassé ses prérogatives en signant un accord avec Transatlantic D sans l'aval du gouvernement. "Pour le Premier ministre, c'est inacceptable qu'un établissement public engage l'État sur des dizaines de milliards sans en référer au gouvernement", explique à Jeune Afrique un proche du chef du gouvernement.

Cette position rejoint celle de Louis Paul Motaze, le ministre des Finances, qui estime depuis le début que seul le gouvernement a la légitimité pour nouer des contrats engageant le budget de l'État. Jeune Afrique révèle que les deux hommes se sont concertés en amont de la réunion du 29 janvier et ont décidé de présenter un front commun.

Mais ce qui a réellement provoqué la colère du Premier ministre, révèle Jeune Afrique, c'est d'avoir appris l'existence du courrier d'Emmanuel Amougou, chef d'état-major particulier de Paul Biya, daté du 26 janvier, qui valide la position de Cyrus Ngo'o.

"Dion Ngute a découvert que pendant qu'il préparait cette réunion pour remettre de l'ordre, la présidence avait déjà tranché dans le sens opposé", explique à Jeune Afrique un haut fonctionnaire. "C'est vécu comme une humiliation publique et un désaveu de son autorité."

Cette situation place le Premier ministre dans une position intenable : comment diriger un gouvernement quand la présidence peut, par un simple courrier, invalider ses décisions ? Jeune Afrique a appris que cette question a été explicitement posée par Dion Ngute lors de la réunion du 29 janvier.

Jeune Afrique révèle que Joseph Dion Ngute n'est pas totalement isolé dans cette crise. Outre Louis Paul Motaze, il peut compter sur Jean Ernest Ngallé Bibéhè, le ministre des Transports, dont la tutelle technique sur le port de Douala est également contestée par les manœuvres de Cyrus Ngo'o.

Mais ce soutien pourrait s'avérer insuffisant face au poids de Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence, qui tire les ficelles en coulisses. Selon les informations de Jeune Afrique, Ngoh Ngoh a organisé le 29 janvier, quelques heures après la réunion du Premier ministre, une rencontre avec Jean-Claude Ayem Mauger, conseiller économique de Paul Biya, manifestement pour contrer les décisions de Dion Ngute.

"Le message est clair : la présidence ne lâchera pas Cyrus Ngo'o", analyse pour Jeune Afrique un observateur de la vie politique camerounaise. "Et si Dion Ngute persiste, c'est lui qui sautera."

La menace de démission de Joseph Dion Ngute est-elle une simple tactique de négociation ou une véritable intention ? Jeune Afrique a recueilli des témoignages contradictoires sur ce point.

Certains proches du Premier ministre assurent à Jeune Afrique qu'il est "profondément meurtri" et "sérieusement décidé à partir si la situation ne change pas". D'autres, plus sceptiques, y voient un coup de poker destiné à forcer la main du président Biya pour obtenir un arbitrage en sa faveur.

"Dion Ngute sait que sa démission créerait un séisme politique", confie à Jeune Afrique un ancien ministre. "Il espère que cette menace suffira à faire réagir le président et à remettre les choses en ordre. Mais c'est un pari risqué : Biya pourrait très bien accepter sa démission."

Jeune Afrique a interrogé plusieurs analystes politiques sur les issues possibles de cette crise. Trois scénarios se dessinent :

Premier scénario : Paul Biya tranche définitivement en faveur du Premier ministre, désavoue Cyrus Ngo'o et ordonne le maintien du contrat avec SGS. Mais selon nos sources, cette option semble peu probable compte tenu du poids de Ferdinand Ngoh Ngoh.

Deuxième scénario : Un compromis est trouvé, avec peut-être la création d'une commission d'arbitrage ou un audit indépendant du contrat SGS. "C'est la solution typiquement camerounaise : gagner du temps en espérant que les tensions retombent", estime pour Jeune Afrique un diplomate.

Troisième scénario : Joseph Dion Ngute est remplacé. Jeune Afrique a appris que des noms circulent déjà dans les cercles du pouvoir, même si aucune décision n'a été prise à ce stade.

Si Joseph Dion Ngute devait effectivement démissionner ou être poussé vers la sortie, les conséquences seraient considérables, révèle Jeune Afrique. Ce serait le troisième Premier ministre à quitter ses fonctions sous la pression depuis 2019, après Philémon Yang et... Joseph Dion Ngute lui-même lors de sa première nomination.

"Un nouveau changement de Premier ministre renforcerait l'image d'instabilité gouvernementale", prévient pour Jeune Afrique un économiste camerounais. "Les investisseurs ont besoin de prévisibilité. Or, ce feuilleton montre que même au plus haut niveau de l'État, plus rien n'est stable."

Jeune Afrique a également appris que plusieurs partenaires internationaux du Cameroun suivent avec inquiétude cette crise, craignant qu'elle n'affecte la capacité du pays à honorer ses engagements et à mettre en œuvre les réformes attendues.

L'élément le plus troublant dans cette affaire, souligne Jeune Afrique, reste le silence du président Paul Biya lui-même. Âgé de 93 ans, de plus en plus absent de la scène publique, il n'a fait aucune déclaration publique sur cette crise qui secoue son gouvernement.

"C'est ce silence qui permet à chaque camp de prétendre agir au nom du président", analyse pour Jeune Afrique un politologue. "Ferdinand Ngoh Ngoh dit représenter la volonté présidentielle, tout comme Joseph Dion Ngute. Mais personne n'a entendu Biya trancher personnellement."

Jeune Afrique révèle que plusieurs dignitaires du régime ont tenté d'obtenir une audience avec le chef de l'État pour clarifier la situation, sans succès jusqu'à présent. Cette impossibilité d'accéder au président alimente les spéculations sur son état de santé et sa capacité à gouverner effectivement le pays.

Selon les dernières informations recueillies par Jeune Afrique, Joseph Dion Ngute aurait fixé une deadline informelle : si les opérations de démantèlement des installations de SGS, lancées le 30 janvier par Cyrus Ngo'o avec l'appui de détachements militaires, se poursuivent, il considérera que son autorité est définitivement bafouée et en tirera les conséquences.

"C'est un ultimatum silencieux", confie à Jeune Afrique un conseiller ministériel. "Dion Ngute attend de voir si la présidence va stopper ces opérations menées en violation de ses instructions. Si rien ne bouge dans les prochains jours, il partira."

Le chronomètre est donc lancé. Le Cameroun retient son souffle, dans l'attente d'un dénouement qui pourrait redéfinir les équilibres du pouvoir à Yaoundé pour les années à venir.

Source: www.camerounweb.com