Entre indiscipline institutionnelle et alliances de l'ombre, le gouvernement traverse une crise de loyauté sans précédent. Au cœur du dossier stratégique du scanning au Port Autonome de Douala (PAD), des membres du gouvernement semblent ignorer les instructions directes du Chef de l'État pour protéger des intérêts particuliers.
Le 29 janvier 2026, une réunion convoquée par le Premier Ministre sur la sécurisation du Port Autonome de Douala a mis en lumière une fracture béante au sein de l'appareil d'État. Alors que l'ordre du jour portait sur la mise en œuvre des hautes instructions présidentielles, la séance a tourné à la démonstration de force pour le groupe SGS, au mépris de la hiérarchie.
Le « Non » du Chef de l'État à la SGS ignoré
Le malaise est d'autant plus profond qu'un document confidentiel de l'État-Major Particulier du Président de la République, daté du 26 janvier 2026, confirme sans ambiguïté la volonté du Chef de l'État. Ce dernier a marqué son accord (« Oui ») pour que la société SGS quitte définitivement l’emprise portuaire du PAD. Cette décision vise explicitement à permettre à la société TRANSATLANTIC D. SA d'opérer sans entrave et d'éviter tout « sabotage » du travail.
Pourtant, trois jours plus tard, René Sadi, Ministre de la Communication et PCA de SGS Cameroun, s’est présenté à la Primature accompagné de Patricia Nzondjou, DG de la SGS. Une présence d'autant plus troublante que cette dernière a été autorisée à monopoliser la parole, reléguant le Directeur Général du PAD, Cyrus Ngo’o, au rang de simple spectateur. Cette scène pose une question brutale : qui dirige réellement l'exécution des projets stratégiques au Cameroun ?
René Sadi : Un ministre entre deux rives
Le positionnement de René Emmanuel Sadi cristallise toutes les interrogations. Si sa proximité politique avec Alice Nkom est un secret de polichinelle, c'est son ambiguïté vis-à-vis de l'opposition qui déroute. Le Ministre de la Communication s'affiche comme un soutien régulier de figures contestataires, à l'instar de son hommage remarqué au défunt Anicet Ekane, figure historique de l'opposition.
Cette connivence avec des acteurs comme Alice Nkom — laquelle s'exprime par ailleurs comme porte-parole de circonstance pour Issa Tchiroma — dessine les contours d'un réseau d'influence parallèle. Cette "convergence" interroge sur la cohérence de l'action gouvernementale : peut-on porter la voix de l'État le jour et soutenir ses détracteurs ou des intérêts privés en conflit avec la Présidence la nuit ?
La fronde des « 50/50 »
Ce climat de contestation systématique des orientations de la Présidence ne semble pas isolé. En juillet 2025, la déclaration de René Sadi sur RFI évoquant un scénario présidentiel « 50/50 » avait déjà jeté un froid polaire dans le sérail. Aujourd'hui, cette sortie est perçue comme le premier acte d'une stratégie de distanciation vis-à-vis de l'autorité centrale.
Désormais, des responsables de premier plan, dont le Premier Ministre et le Ministre des Finances (MINFI), semblent s'aligner sur cette logique de clans. En s'opposant frontalement aux décisions issues de la Présidence et en ciblant particulièrement le Secrétaire Général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, ces acteurs engagent une épreuve de force dont le Port de Douala est l'otage économique.
La souveraineté en otage
En refusant d'appliquer le déguerpissement de la SGS acté par le Chef de l'État, ce bloc ministériel ne se contente plus de faire de la politique : il s'oppose à la souveraineté économique du pays. Dans cette bataille de réseaux où se mêlent intérêts privés et alliances avec l'opposition, la question du respect de l'autorité présidentielle n'a jamais été aussi brûlante.