Le lanceur d'alerte Paul Chouta apporte un nouvel éclairage sur le marché controversé des 21 500 lampadaires attribué de gré à gré à l'entreprise française Sunna Design. Selon ses révélations, cette société entretient des liens étroits avec le CERAC, la fondation de la Première Dame Chantal Biya.
L'affaire des lampadaires à près d'un million de FCFA l'unité prend une nouvelle dimension avec les révélations du lanceur d'alerte Paul Chouta. Selon lui, Sunna Design, l'entreprise française qui a décroché ce marché de 21,4 milliards de FCFA sans appel d'offres, serait proche du Cercle des Amis du Cameroun (CERAC), la fondation dirigée par la Première Dame Chantal Biya. Cette information jette une lumière nouvelle sur les raisons qui ont pu motiver le choix de ce prestataire par la procédure de gré à gré, alors que le document administratif signé par Ferdinand Ngoh Ngoh autorisait Célestine Ketcha Courtès à passer ce contrat pour l'installation de lampadaires solaires dans 360 communes camerounaises.
Si cette proximité entre Sunna Design et le CERAC se confirmait, elle expliquerait pourquoi l'entreprise française a pu imposer un tarif unitaire de 995 348 FCFA par lampadaire, soit 90% plus cher que le coût pratiqué par la même société au Togo en 2021 dans le cadre du programme CIZO. À l'époque, Sunna Design avait facturé ses équipements à 524 000 FCFA l'unité, maintenance de 12 ans incluse. L'écart de 471 348 FCFA par lampadaire représente un surcoût global estimé à plus de 10 milliards de FCFA pour l'ensemble du projet camerounais, une somme qui aurait pu financer plusieurs hôpitaux ou équiper des dizaines d'écoles à travers le pays.
La révélation de Paul Chouta sur les liens entre Sunna Design et le CERAC soulève des questions sur les véritables bénéficiaires de ce marché public. Le CERAC, fondation caritative présidée par Chantal Biya, intervient officiellement dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'action sociale. Mais la proximité d'une entreprise commerciale avec cette structure interroge sur d'éventuels conflits d'intérêts dans l'attribution des marchés publics. Cette situation illustre une fois de plus la porosité entre les sphères publiques, privées et caritatives au sommet de l'État camerounais, où les circuits de décision échappent aux mécanismes classiques de contrôle et de transparence.
Le recours au "Très Haut Accord" présidentiel notifié par Ferdinand Ngoh Ngoh pour autoriser ce marché de gré à gré prend, à la lumière des révélations de Paul Chouta, une dimension particulière. En court-circuitant les procédures normales d'appel d'offres et en centralisant la décision au niveau de la Présidence de la République, le système a permis d'attribuer ce contrat lucratif à une entreprise dont les liens avec l'entourage présidentiel semblent avérés. Le document précise qu'il s'agit d'une "phase 1", ce qui laisse présager l'engagement de milliards supplémentaires selon les mêmes modalités opaques. Ni le MINHDU, ni la Présidence de la République, ni Sunna Design, ni le CERAC n'ont souhaité commenter ces informations au moment de mettre sous presse.