SUCCESSION AU CAMEROUN : Haman Mana révèle à Jeune Afrique le "millefeuille" sécuritaire qui décidera de l'après-Biya

Coulisse Etoudi Voeux Image illustrative

Mon, 2 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Dans un entretien exclusif publié ce dimanche 2 février 2026 par Jeune Afrique, le journaliste en exil Haman Mana décrypte les mécanismes sécuritaires qui encadrent le pouvoir camerounais. Ses révélations sur la "guerre des clans" et l'épreuve de force à venir éclairent les enjeux de la succession présidentielle.

"Au sein même du système, plusieurs camps coexistent et les tensions sont diffuses. Ce qui a longtemps assuré la solidité du pouvoir de Paul Biya, c'est qu'il ne s'appuyait pas sur une armée unique, mais sur une pluralité d'appareils sécuritaires, dont il demeure le chef suprême." Cette révélation exclusive de Haman Mana à Jeune Afrique met en lumière une réalité méconnue du pouvoir camerounais : l'existence d'un "millefeuille" sécuritaire dont la cohésion repose uniquement sur l'autorité personnelle du président. Dans cet entretien accordé au magazine panafricain, le directeur de publication du journal Le Jour, auteur de "Les Années Biya. Chronique du naufrage de la nation camerounaise", pose la question centrale qui hante les cercles du pouvoir : "En cas de crise majeure, qui obéira à qui, et qui disposera réellement de l'autorité ?" Cette interrogation prend tout son sens au lendemain d'une présidentielle venue confirmer le verrouillage du système, mais qui n'a pas résolu la question de la succession.

Interrogé par Jeune Afrique sur la possibilité d'un dénoue​ment pacifique de la situation actuelle, Haman Mana se montre catégorique : "Le grand tournant interviendra au moment de la disparition du chef. Je ne sais pas si les aspirations profondes du peuple camerounais seront respectées, mais ce sera, quoi qu'il en soit, une épreuve de force." Le journaliste révèle au magazine que ceux qui prendront les rênes devront d'abord imposer leur autorité face à cette multiplicité d'appareils sécuritaires. Cette phase passée, explique-t-il dans les colonnes de Jeune Afrique, il leur sera plus facile d'installer une nouvelle légitimité. L'Histoire montre que les nouveaux détenteurs du pouvoir cherchent toujours à marquer une rupture visible avec l'ordre ancien, afin que le peuple comprenne qu'un cycle est terminé et qu'un autre commence. Mais cette transition ne se fera pas sans heurts, prévient-il.

Le "millefeuille" sécuritaire décrit par Haman Mana à Jeune Afrique semble également paralyser le fonctionnement actuel de l'État. Interrogé sur le blocage du remaniement gouvernemental attendu depuis des mois, le journaliste confie au magazine panafricain que personne ne sait vraiment ce qui bloque, mais que cela a des conséquences techniques graves. "Il y a un budget à exécuter, des engagements à prendre, des actes administratifs à signer. Qui signe, aujourd'hui ? Qui engage les dépenses publiques ? Il y a là un blocage technique majeur de la vie nationale", révèle-t-il à Jeune Afrique. Cette paralysie administrative, ajoute-t-il dans l'entretien, donne raison à ceux qui pensent que le président ne maîtrise plus rien, une situation qui renforce l'hypothèse d'une lutte d'influence entre les différents clans au sein de l'appareil sécuritaire.

Au-delà de la dimension sécuritaire, Haman Mana livre à Jeune Afrique une analyse sans concession de l'opposition camerounaise. "Je ne peux pas dire qu'elle a échoué parce que, selon moi, elle n'est pas réellement représentée par les partis politiques. L'opposition, c'est la masse silencieuse des Camerounais, frustrés, en désaccord avec ce qu'il se passe, mais qui n'ont pas encore la possibilité de changer le cours des événements", confie-t-il au magazine. Cette révélation de Jeune Afrique met en lumière un paradoxe : alors que les formations politiques dites d'opposition sont perçues par la population comme faisant partie du système, la véritable opposition réside dans cette conscience collective grandissante. Le journaliste évoque également dans l'entretien exclusif accordé à Jeune Afrique la mort tragique de Georges Anicet Ekane, figure de l'opposition, qu'il qualifie d'"assassinat d'État par négligence délibérée". Cet épisode révèle, confie-t-il au magazine panafricain, que ceux qui détiennent le pouvoir sont prêts à tout pour préserver leurs privilèges, sans aucune limite morale, un constat qui augure mal de la transition à venir et de la bataille que se livreront les différentes composantes du "millefeuille" sécuritaire pour s'imposer dans l'après-Biya.

Source: www.camerounweb.com