L'impossible entente entre Eko Eko et Danwe: la note du 12 novembre 2021 qui fait vaciller l'accusation

Justin Danwe Image illustrative

Tue, 3 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Une note de service datée du 12 novembre 2021 pourrait bouleverser l'affaire Martinez Zogo. Ce document, signé par Léopold Maxime Eko Eko, prouve que Justin Danwé était placé sous strict contrôle hiérarchique, remettant en cause la thèse d'un "ordre direct" entre les deux hommes. Au tribunal militaire de Yaoundé, témoins et pièces convergent : la relation entre l'ex-patron de la DGRE et son Directeur des Opérations était rompue bien avant le drame.



𝗔𝗙𝗙𝗔𝗜𝗥𝗘 𝗠𝗔𝗥𝗧𝗜𝗡𝗘𝗭 𝗭𝗢𝗚𝗢 : 𝗟’𝗜𝗠𝗣𝗢𝗦𝗦𝗜𝗕𝗟𝗘 𝗘𝗡𝗧𝗘𝗡𝗧𝗘 𝗘𝗡𝗧𝗥𝗘 𝗘𝗞𝗢 𝗘𝗞𝗢 𝗘𝗧 𝗗𝗔𝗡𝗪𝗘́: 𝗖𝗘 𝗤𝗨𝗘 𝗥𝗘́𝗩𝗘̀𝗟𝗘 𝗟𝗔 𝗡𝗢𝗧𝗘 𝗜𝗡𝗧𝗘𝗥𝗡𝗘 𝗗𝗨 𝟭𝟮 𝗡𝗢𝗩𝗘𝗠𝗕𝗥𝗘 𝟮𝟬𝟮𝟭… Correspondance particulière

« Au Tribunal militaire, un élément revient avec insistance et mérite d’être posé avec calme : dès 2021, la relation de travail entre Justin DANWÉ et Léopold Maxime EKO EKO n’était plus « directe » et « harmonieuse », comme le laisse parfois entendre l’accusation.

En effet, la note de service n° 00646 du 12 novembre 2021, signée par Léopold Maxime EKO EKO, a instauré un dispositif de contrôle organisationnel sur les opérations de la Direction des Opérations (DO).

À partir de cette date, DANWÉ était placé sous la coordination et la surveillance du Conseiller technique n° 1, James ELONG LOBE (ancien Directeur des Opérations). Autrement dit, un filtre hiérarchique formel existait, précisément pour encadrer et sécuriser les initiatives opérationnelles attribuées à DANWÉ.

Le point le plus sensible — parce qu’il touche au cœur de la crédibilité — est le suivant : selon l’ordonnance de renvoi du 29 février 2024, DANWÉ aurait lui-même reconnu avoir contourné les dispositions de cette note, en la qualifiant de mesure « à tête chercheuse ».

Ce n’est pas un détail : cela signifie qu’il existait une règle interne instituée par sa hiérarchie, qu’il devait respecter en tant que subalterne, et qu’il est allé contre cette règle, ce qui traduit manifestement une velléité d’indiscipline et d’insubordination hiérarchique.

Aux audiences de janvier 2026 au Tribunal militaire de Yaoundé, plusieurs éléments rapportés vont dans le même sens : certains agents et responsables de la DGRE de l’époque ont décrit une relation de travail dégradée entre DANWÉ et EKO EKO, ainsi qu’une rupture de confiance de l’ex-patron de la DGRE, justifiant précisément l’existence de ce « contrôle ».

Ainsi, l’ingénieur TOMNI Rodrigue, de la Division de la Surveillance électronique (DSE), a déclaré avoir assisté à une réunion au cours de laquelle l’ex-DGRE EKO EKO réprimandait DANWÉ pour non-respect des consignes lors d’une opération.

Dans la même veine, l’ex-Directrice des Affaires Générales (DAG) a indiqué avoir rédigé, courant 2022, sur instruction de l’ex-DGRE EKO EKO, et transmis par voie hiérarchique, un projet de décret portant nomination d’un nouveau Directeur des Opérations en remplacement de DANWÉ — initiative qui, selon elle, n’a pas abouti.

Enfin, la Secrétaire particulière de l’ex-DGRE a expliqué que DANWÉ n’avait plus accès au cabinet de l’ex-DGRE EKO EKO, et que la mise « sous coordination CT1 » de DANWÉ s’expliquait par des incidents, des écarts, des plaintes internes et des comportements jugés non conformes aux pratiques et consignes opérationnelles, imputés à ce dernier.

Pris ensemble, ces éléments dessinent une réalité simple : DANWÉ n’était plus en position d’agir comme un Directeur des Opérations en accès direct à EKO EKO, sans passer par le visa hiérarchique du CT1, avant une éventuelle validation au niveau du DGRE de l’époque.

Dès lors, une question de logique s’impose, sans passion ni procès d’intention : si un contrôle interne fonctionnel existait, comment un « ordre direct » aurait-il pu être transmis et exécuté en contournant le CT1 ?

Et si contournement il y a eu, par quel canal, avec quelles traces, et avec quelle cohérence, au regard d’une relation manifestement dégradée entre EKO EKO et DANWÉ ?

C’est cela, au fond, l’enjeu de la note du 12 novembre 2021 : ramener le débat à la cohérence interne et à la preuve. Tant que ces questions ne reçoivent pas de réponses documentées et vérifiables, on reste dans l’affirmation. Or, un dossier aussi grave exige une démonstration.

Enfin, au regard de la gravité des faits et du drame national qu’a entraîné l’assassinat de Martinez ZOGO, il est essentiel que la justice établisse clairement qui a décidé, qui a exécuté, qui a financé et pourquoi, afin que la responsabilité soit située sur des bases solides, et non sur une simple construction narrative visant à désigner un coupable idéal sans preuve.

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