CONFIDENTIEL: Paul Biya ordonne une enquête sur, le général Emmanuel Amougou, son propre chef d'état-major particulier

Général Emmanuel Amougou Image illustrative

Wed, 4 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Le général Emmanuel Amougou dans le viseur de la sécurité présidentielle pour usage présumé abusif du nom du président

C'est une affaire qui ébranle les fondations même du pouvoir camerounais. Pour la première fois depuis des années, un membre du premier cercle présidentiel fait l'objet d'une enquête ordonnée directement par le président Paul Biya. Selon des révélations explosives de Jeune Afrique, le général Emmanuel Amougou, chef d'état-major particulier du chef de l'État, a été entendu par la Direction de la sécurité présidentielle (DSP) pour avoir prétendument engagé l'autorité du président sans son consentement.

Tout part d'un document confidentiel signé par le général Amougou et daté du 26 janvier. Dans cette note adressée au ministre des Transports Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè et révélée par Jeune Afrique, le haut gradé affirme transmettre l'aval du président de la République pour le départ de l'entreprise SGS du Port autonome de Douala, ouvrant ainsi la voie à son remplacement par Transatlantic D.A.

Mais cette correspondance a rapidement suscité de "vives suspicions" selon Jeune Afrique. Plusieurs sources mettent en doute l'authenticité de cette "haute instruction" présidentielle. Un doute suffisamment sérieux pour que des notes de renseignements remontent jusqu'au bureau de Paul Biya, alertant le président sur la manière dont son nom et son autorité ont été utilisés dans cette affaire.

La DSP sur le dossier

La réaction présidentielle ne s'est pas fait attendre. Selon les informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, Paul Biya a personnellement chargé Ivo Desancio, le redouté patron de la Direction de la sécurité présidentielle, de tirer cette affaire au clair. Une mission pour le moins délicate : auditionner l'un des hommes les plus proches du chef de l'État.

Le 3 février, le général Amougou a été entendu de manière informelle par des agents de la garde présidentielle. Mais selon Jeune Afrique, cette audition n'était qu'un prélude à une convocation formelle et à une éventuelle audition sous procès-verbal, procédure nettement plus contraignante et aux implications potentiellement plus graves pour le haut gradé.

Mais l'affaire a pris un tour inattendu. Toujours selon Jeune Afrique, le général Amougou aurait refusé de se soumettre à cette procédure formelle. Quittant les locaux de la DSP, il se serait rendu directement à la résidence présidentielle. Une démarche qui soulève de multiples questions : le général est-il allé plaider sa cause directement auprès du président ? A-t-il été effectivement reçu ? Jeune Afrique n'a pas pu obtenir confirmation de cette rencontre.

Ce refus de coopérer avec la DSP, s'il se confirmait, constituerait une défiance rare dans un système où l'autorité présidentielle, même déléguée à ses services de sécurité, n'est habituellement pas contestée. Il témoignerait également de la confiance du général Amougou dans ses liens directs avec le chef de l'État.

Au-delà du cas personnel du général Amougou, cette affaire révèle une faille préoccupante dans le fonctionnement de l'État camerounais. Comment un haut responsable militaire peut-il s'arroger le droit de transmettre des instructions au nom du président dans un domaine qui ne relève absolument pas de ses compétences ?

"Depuis quand un général de l'armée s'immisce-t-il dans des affaires civiles au point de transmettre une instruction à un membre du gouvernement ?" s'interroge une source citée par Jeune Afrique. Une question d'autant plus pertinente que le général Amougou est officier de l'armée de l'Air, ce qui rend son intervention dans un dossier de gestion portuaire et maritime encore plus incongrue.

Cette enquête présidentielle intervient dans un contexte de bras de fer intense entre le ministre des Finances Louis-Paul Motaze, partisan du maintien de SGS au port de Douala, et le directeur général du port Cyrus Ngo'o, favorable au changement. Selon Jeune Afrique, la correspondance du général Amougou était précisément destinée à faire pencher la balance en faveur de ce dernier.

Mais c'est compter sans la détermination du Premier ministre Joseph Dion Ngute qui, lors d'une réunion le 29 janvier révélée par Jeune Afrique, a tranché en faveur du maintien de SGS, désavouant ainsi la note du général Amougou. Le chef du gouvernement a même confié avoir lui-même reçu des instructions claires du président allant dans ce sens, remettant directement en cause l'authenticité de la correspondance du général.

Face à cette pression, Cyrus Ngo'o a finalement capitulé, ou presque. Dans une nouvelle correspondance datée du 2 février et consultée par Jeune Afrique, le patron du port convoque SGS à une réunion pour discuter de la reprise de ses activités. Toutefois, dans ce qui semble être une tentative de compromis, le document mentionne également la possibilité d'une collaboration entre SGS et Transatlantic D.A.

L'issue de l'enquête présidentielle sur le général Amougou pourrait avoir des répercussions bien au-delà de cette affaire de contrat portuaire. Elle pourrait redéfinir les limites du pouvoir des proches collaborateurs du président et rappeler que l'usage du nom de Paul Biya n'est pas anodin, même pour ceux qui évoluent dans son cercle le plus intime.

Pour l'heure, le silence du palais présidentiel reste total. Mais les révélations de Jeune Afrique ont déjà ouvert une brèche dans le mur du secret qui entoure habituellement les dysfonctionnements au sommet de l'État camerounais.

Source: www.camerounweb.com