Sérail: Nathalie Moudiki, la femme qui dirige l'empire pétrolier dans l'ombre

Nathalie Moudiki Et Son Amie Chantal.png Image illustrative

Wed, 4 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Première femme conseiller numéro deux de la SNH, elle incarne le nouveau visage du pouvoir au sein du groupe pétrolier public

À 87 ans et affaibli par la maladie, Adolphe Moudiki, administrateur directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) depuis 1993, n'est plus qu'une figure symbolique. Selon des révélations exclusives de Jeune Afrique, c'est désormais son épouse, Nathalie Moudiki, qui orchestre véritablement les destinées du premier groupe pétrolier public camerounais, dont le chiffre d'affaires 2023 a dépassé les 625 milliards de F CFA.

Le remaniement du directoire de la SNH, initié lors du conseil d'administration du 3 décembre dernier et entériné entre les 10 et 12 décembre, marque un tournant historique. Nathalie Moudiki, directrice juridique du groupe, est devenue la première femme à occuper le poste de conseiller numéro deux, succédant à Igor Emmanuel Soya Bissaya.

Mais cette promotion est loin d'être honorifique. Selon Jeune Afrique, ce poste confère à Nathalie Moudiki un "levier opérationnel central" dans la mesure où Adolphe Moudiki a de longue date délégué au conseiller numéro deux la conduite effective des affaires courantes lors de ses absences. Or, ces absences sont devenues de plus en plus fréquentes.

Les informations obtenues par Jeune Afrique révèlent que Nathalie Moudiki représente désormais son mari "dans l'ensemble des séquences stratégiques et institutionnelles du groupe". C'est elle qui a inauguré les stations-service Tradex, accueilli le vice-président de la République de Guinée équatoriale, Teodoro Nguema Obiang, ou encore lancé le projet stratégique de la nouvelle raffinerie de Kribi.

"Sur le papier, Adolphe Moudiki reste administrateur directeur général. Dans les faits, le centre de gravité du pouvoir s'est déplacé", confie à Jeune Afrique une source proche du dossier. Ce glissement progressif du pouvoir s'est opéré avec discrétion mais détermination, transformant Nathalie Moudiki en véritable patronne de fait du géant pétrolier.

L'emprise de Nathalie Moudiki ne se limite pas au siège de la SNH. Jeune Afrique révèle que son influence s'étend également sur les filiales stratégiques du groupe. Patrick Mvondo dirige Tradex sous sa tutelle, tandis que Jean Noël Mbida Ntsama, cadre de la SNH, occupe le poste de numéro deux d'Hydrac, la branche spécialisée dans l'analyse et le contrôle des produits pétroliers.

Plus révélateur encore, selon Jeune Afrique, Miles Dion Ngute Ndika, fils du Premier ministre Joseph Dion Ngute, conserve la confiance de Nathalie Moudiki en tant que chargé de mission numéro un dans la supervision du complexe industriel de Kribi. Un positionnement qui témoigne de la capacité de la dirigeante à nouer des alliances stratégiques au plus haut niveau de l'État.

Le remaniement récent a vu la promotion de cinq femmes à des postes clés du directoire. Si la direction justifie cette réorganisation comme un écho au discours de prestation de serment de Paul Biya, dans lequel "les jeunes et les femmes seront une priorité de son action", Jeune Afrique révèle une réalité plus prosaïque : cette féminisation consolide avant tout l'influence de Nathalie Moudiki.

Delphine Mai-Awe Domwa pilote désormais la direction de la maintenance et de la sécurité, Ngounou Leugoue la division informatique, tandis que Corinne Ayayi a pris les commandes de la direction financière, épaulée par Souadatou Labarang. Selon les informations de Jeune Afrique, ces promotions ont permis au clan Moudiki de s'entourer de "profils issus de son cercle de confiance", réduisant d'autant les marges de contestation internes.

Le remaniement a également été l'occasion d'écarter d'anciennes figures. Igor Bissaya, pourtant "par le passé proche de Nathalie Moudiki" selon Jeune Afrique, a été écarté du poste de conseiller numéro deux. Clotilde Moukoko Mbonjo, directrice financière, a été admise à la retraite. Germain Onambélé et Christian Ananga ont également quitté leurs fonctions.

"Avec cette nouvelle équipe, toute capacité de contre-pouvoir interne s'est éteinte au sein de la société", confie à Jeune Afrique un ancien cadre de la SNH. Une analyse qui souligne la mainmise totale du clan Moudiki sur les rouages décisionnels du groupe.

Cette ascension spectaculaire ne s'explique pas uniquement par les circonstances de santé d'Adolphe Moudiki. Selon Jeune Afrique, Nathalie Moudiki bénéficie du soutien du couple présidentiel. Un atout majeur qui lui a permis de résister aux "tentatives répétées de déstabilisation mises en œuvre par Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence et président du conseil d'administration de la SNH".

Le renforcement de Daniel Ollé au directoire, fils de Justine Ollé, petite-sœur de Paul Biya, aux côtés de Nathalie Moudiki et de Magloire Ndozeng Kouan (conseiller numéro un), illustre selon Jeune Afrique la constitution d'un "directoire aux loyautés soigneusement balisées", où les liens familiaux avec le premier cercle présidentiel se mêlent aux stratégies d'influence.

Au-delà des considérations de genre ou de modernisation du management, le remaniement de la SNH révèle une transition de pouvoir méthodiquement orchestrée. Nathalie Moudiki n'est pas simplement l'épouse d'un administrateur général vieillissant : elle est devenue la véritable architecte de l'avenir du groupe pétrolier public camerounais.

Dans un secteur stratégique pour l'économie nationale, cette concentration du pouvoir entre les mains d'une seule personne, aussi compétente soit-elle, soulève des questions sur la gouvernance de la SNH et sur les équilibres internes d'une entreprise publique qui brasse des centaines de milliards de francs CFA.

Contactée par Jeune Afrique, la direction de la SNH n'a pas répondu aux sollicitations avant la parution de l'article. Un silence qui en dit long sur la discrétion avec laquelle s'opère cette révolution silencieuse au sommet du pouvoir pétrolier camerounais.

Source: www.camerounweb.com