Breaking News: SGS refuse toute négociation avec Transatlantic et exige le respect des directives du Premier ministre

SUISSE SGS MOTAZE Image illustrative

Wed, 4 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Dans une correspondance confidentielle adressée à Cyrus Ngo'o, l'entreprise suisse recadre sèchement le directeur du port et demande un ordre du jour limité à la seule reprise de ses activités

Coup de théâtre dans l'affaire du contrat de scanning du Port autonome de Douala. Dans une correspondance datée du 4 février 2026 et consultée par notre rédaction, SGS Cameroun refuse catégoriquement toute discussion avec Transatlantic D.A. et somme le directeur général du port, Cyrus Ngo'o, de se conformer strictement aux instructions du Premier ministre Joseph Dion Ngute. Un camouflet retentissant pour celui qui a tenté pendant des semaines d'imposer le départ de l'entreprise suisse.

La lettre, signée par Patricia Nzondjou, Directeur Général de SGS Scanning Cameroun SA, ne laisse place à aucune interprétation. L'entreprise suisse accuse réception de la convocation à une séance de travail prévue le 4 février 2026 au Port autonome de Douala, mais rejette fermement l'agenda proposé.

"Or, l'agenda proposé dans votre invitation intègre plusieurs points qui ne font pas l'objet desdites instructions et pour la plupart desquels nous n'avons pas qualité pour mener des discussions de fond, relevant des prérogatives exclusives de notre mandant, le Gouvernement, représenté dans le contrat le liant à la société SGS par Monsieur le Ministre des Finances", écrit Patricia Nzondjou.

Ce paragraphe, d'une densité juridique redoutable, constitue un désaveu cinglant de la stratégie déployée par Cyrus Ngo'o. En rappelant que seul le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, a qualité pour discuter des questions contractuelles, SGS remet le directeur du port à sa place et lui signifie qu'il a outrepassé ses prérogatives.

Mais SGS ne se contente pas de rejeter les propositions de Cyrus Ngo'o. L'entreprise va plus loin en dictant elle-même les conditions de la réunion. "Dans ces conditions, et afin de garantir la stricte conformité de nos échanges avec les orientations arrêtées par Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, nous sollicitons le recadrage de la séance de travail projetée, dont l'ordre du jour sera limité exclusivement à un point unique, à savoir: l'organisation pratique de la reprise par SGS des opérations de scanning des marchandises au Port de Douala-Bonabéri."

Le message est limpide : SGS ne viendra à la table que pour discuter des modalités techniques de la reprise de ses activités, point final. Toute discussion sur une éventuelle collaboration avec Transatlantic D.A. ou sur l'avenir du contrat est purement et simplement exclue.

Dans sa correspondance, SGS énumère avec précision les points de l'ordre du jour proposé par Cyrus Ngo'o qui posent problème. Il s'agit notamment de :

-Modalités d'octroi à la Société Générale de Surveillance (SGS) de l'autorisation d'exercer au port de Douala - Bonabéri conformément à l'article 12 du décret n° 2019/034 du 24 janvier 2019 portant réorganisation du Port Autonome de Douala ;

Condition d'occupation du domaine public portuaire conformément à l'article 15 du décret ;

-Système de mise à disposition des informations pour les besoins d'exploitation sécuritaire conformément à l'article 7 du décret ;

Modalité de prise en compte des coûts logistiques exposés par la Régie du Terminal à Conteneurs (RTC S.A.) ;

-Examen de l'exercice de l'activité de SGS et de son impact négatif sur le délai de passage portuaire des marchandises, contrairement aux objectifs de compétitivité du Port de Douala-Bonabéri ;

-Examen de l'hypothèse d'une collaboration entre les sociétés SGS Cameroun S.A et TransAtlantic.D S.A.

C'est précisément sur ces deux derniers points que SGS oppose une fin de non-recevoir absolue. L'entreprise considère qu'elle n'a "pas qualité pour mener des discussions de fond" sur ces questions qui relèvent des "prérogatives exclusives" du gouvernement.

La stratégie de SGS est habile. En invoquant constamment les "hautes directives de Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, en date du 29 janvier 2026, relatives à la poursuite des opérations de scanning par la SGS", telles que reprises dans le courrier n° B70/d-27/SG/PM du 30 janvier 2026, l'entreprise se pose en exécutante loyale des décisions gouvernementales.

Cette posture lui permet de rejeter toute discussion sur une éventuelle collaboration avec Transatlantic sans apparaître comme la partie intransigeante. Ce n'est pas SGS qui refuse de collaborer, c'est SGS qui se conforme aux instructions du Premier ministre. La nuance est capitale.

Cette correspondance constitue un revers cuisant pour le directeur général du Port autonome de Douala. Après avoir tenté pendant des semaines d'imposer le départ de SGS et l'arrivée de Transatlantic, Cyrus Ngo'o se retrouve contraint de convoquer l'entreprise suisse pour discuter de la reprise de ses activités, conformément à l'arbitrage du Premier ministre.

Mais au lieu de profiter de cette réunion pour négocier une solution de compromis incluant Transatlantic, comme le suggérait sa correspondance du 2 février mentionnant "la possibilité d'une collaboration entre SGS et Transatlantic D.A.", Cyrus Ngo'o se voit imposer un ordre du jour minimal qui exclut toute discussion sur ce sujet.

Le directeur du port, qui avait multiplié les manœuvres pour écarter SGS, se retrouve dans la position humiliante de devoir organiser le retour en grâce de l'entreprise qu'il combattait, et ce dans des conditions dictées par cette dernière.

Au-delà de l'aspect politique, la lettre de SGS est une remarquable leçon de droit contractuel. En rappelant que le ministre des Finances est le seul représentant du gouvernement habilité à discuter des questions contractuelles, Patricia Nzondjou remet les pendules à l'heure.

Un directeur général d'établissement public, aussi puissant soit-il, ne peut se substituer au ministre de tutelle pour renégocier ou remettre en cause un contrat signé par l'État. C'est exactement ce que le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait reproché à Cyrus Ngo'o lors de la réunion du 29 janvier, en rappelant qu'il ne revenait pas au directeur du PAD de "rompre unilatéralement un contrat signé par l'État".

Si cette correspondance marque un point décisif pour SGS, plusieurs questions demeurent. Cyrus Ngo'o acceptera-t-il de recadrer l'ordre du jour comme le demande SGS ? Ou tentera-t-il de maintenir ses points litigieux, au risque de voir l'entreprise suisse boycotter la réunion ?

Par ailleurs, cette fin de non-recevoir signifie-t-elle que toute collaboration entre SGS et Transatlantic est définitivement exclue ? Ou s'agit-il simplement d'une position de négociation, SGS estimant que de telles discussions doivent se tenir à un autre niveau, entre le gouvernement et les deux entreprises, et non au sein d'une réunion convoquée par le directeur du port ?

Cette correspondance illustre le renversement complet du rapport de force dans l'affaire du contrat de scanning du Port de Douala. Il y a quelques semaines encore, Cyrus Ngo'o semblait tenir les rênes, soutenu par une correspondance du général Emmanuel Amougou affirmant transmettre l'aval présidentiel pour le départ de SGS.

Aujourd'hui, c'est SGS qui dicte ses conditions, forte du soutien du Premier ministre et du ministre des Finances. Cyrus Ngo'o, qui a tenté de contourner l'autorité gouvernementale, se retrouve contraint de l'appliquer, et dans des conditions qui ne correspondent pas à ce qu'il avait anticipé.

Quant à Transatlantic D.A., l'entreprise qui devait remplacer SGS, elle se retrouve purement et simplement exclue des discussions. Un échec cuisant pour ceux qui avaient misé sur son arrivée au port de Douala.

La correspondance de SGS, en demandant que la réunion soit consacrée exclusivement à "l'organisation pratique de la reprise des opérations de scanning", suggère que l'entreprise suisse se prépare à reprendre rapidement ses activités au port de Douala-Bonabéri.

Un retour qui marquera la fin d'une séquence troublée, caractérisée par des manœuvres en coulisses, des correspondances douteuses, des menaces de démission et une enquête de la sécurité présidentielle. Une séquence qui aura révélé l'ampleur des enjeux et des appétits autour de ce contrat stratégique.

Reste à savoir si ce retour à la normale sera définitif ou si de nouvelles tentatives de déstabilisation verront le jour. Dans un contexte où les intérêts en jeu sont aussi considérables, rien n'est jamais acquis définitivement.

Source: www.camerounweb.com