Christophe Onana, 25 ans, a succombé dans le bureau du gérant de l'établissement. Une serveuse interpellée, l'enquête en cours
Le quartier Yaoundé Mabah, dans l'arrondissement de Yaoundé 6, a été secoué ce mardi par la découverte macabre du corps sans vie de Christophe Onana, un jeune DJ de 25 ans. Retrouvé inerte dans le bureau du gérant d'un snack-bar dancing où il avait l'habitude de donner un coup de main, le jeune homme serait décédé lors d'un ébat sexuel avec l'une des serveuses de l'établissement. Une affaire qui relance le débat sur l'insécurité et la dépravation des mœurs dans ce secteur de la capitale.
C'est aux environs de quatre heures du matin que la macabre découverte a été faite. Le corps inerte de Christophe Onana gisait dans le bureau du gérant de ce snack-bar dancing où le jeune DJ venait régulièrement prêter main-forte au personnel pour "joindre les deux bouts".
"À cinq heures, je suis surpris quand mon ami lance l'appel. On me dit que quelqu'un est mort dans mon bureau", raconte le gérant de l'établissement, encore sous le choc. "J'arrive, j'entre dans mon bureau, je vois quelqu'un couché là, mort dans mon bureau. C'est où j'ai demandé à mon ami qui est comme mon frère et qui est mon chef du personnel : comment se fait-il que je t'ai laissé la clé du bureau et que des gens se retrouvent dans mon bureau ?"
Immédiatement, le gérant alerte les autorités. Le sous-préfet de Yaoundé 6 se déplace sur les lieux pour les constatations d'usage. Après examen, le corps a été déposé à la morgue.
Selon les témoignages concordants recueillis sur place, c'est lors d'un "plan ébat sexuel" avec l'une des serveuses de l'établissement que le jeune homme a "avalé son âge de naissance", selon l'expression imagée utilisée par les témoins pour qualifier ce décès tragique.
"On a trouvé le monsieur mort et la jeune fille qui a été conduite au poste de police du commissariat de Yaoundé 6", précise une source proche du dossier. Selon les premières informations, "après le métier du médecin, ils ont tenté de faire l'amour".
Le gérant de l'établissement confie avoir été totalement pris au dépourvu : "Quand je suis arrivé dans mon bureau, il était complètement nu. J'ai posé la question à l'une de mes serveuses qui était là. Elle a dit qu'ils étaient ensemble à tout moment. Les gens disparaissaient. Elle ne connaissait pas où ils allaient. Ça veut dire que quand ils disparaissaient, c'est dans mon bureau qu'ils s'enfermaient."
La serveuse impliquée dans l'ébat fatal a été interpellée et placée en garde à vue au commissariat du 12ᵉ arrondissement pour les besoins de l'enquête. Plusieurs autres témoins présents au moment des faits ont également été entendus par les forces de l'ordre.
"Nous pensons que le commissariat du 12ᵉ est à pied d'œuvre pour nous permettre d'avoir les détails de ces constats, de ce qui s'est réellement passé", indique une source sécuritaire.
L'autopsie devra déterminer les causes exactes du décès. S'agit-il d'un arrêt cardiaque lors de l'effort physique ? D'une réaction à une substance quelconque ? D'un malaise vagal ? Les enquêteurs devront également déterminer si des stupéfiants ou de l'alcool ont joué un rôle dans ce drame.
Le drame survient alors que l'établissement en question était déjà dans le collimateur des autorités. "Il y a encore quelques jours, nous avons placé ce snack sous scellé administratif pour faire face à la promotion de la promiscuité, de la prostitution et de beaucoup de petites et mauvaises choses qui se développaient dans le coin", révèle une source administrative.
L'établissement était notamment pointé du doigt pour des nuisances sonores, les tapages nocturnes, la dépravation des mœurs et autres atteintes à la pudeur. Suite au décès de ce matin, le snack-bar dancing a été à nouveau scellé par les autorités, cette fois-ci pour une durée indéterminée.
Au-delà du drame individuel, ce décès met en lumière les problèmes d'insécurité et de dépravation qui gangrènent le quartier Yaoundé Mabah. Les habitants de cette partie de l'arrondissement multiplient les appels au secours aux pouvoirs publics.
"Depuis un certain temps, l'insécurité s'est installée dans le quartier, on vit mal à l'aise. Les banditismes, les agressions, c'est énorme", déplore un riverain. Les établissements de nuit, nombreux dans le secteur, sont régulièrement accusés d'être des foyers de prostitution, de consommation de stupéfiants et de toutes sortes de déviances.
Les habitants réclament une présence policière renforcée et un contrôle plus strict des établissements de loisirs qui pullulent dans la zone, transformant certaines rues en véritables no man's land la nuit venue.
Après cette matinée agitée marquée par le va-et-vient des forces de l'ordre et des curieux, les activités ont progressivement repris leur cours normal dans le quartier. Seul l'établissement concerné reste fermé, scellé par les autorités administratives.
Mais dans les chaumières et au coin des rues, les commentaires vont bon train. Certains y voient la confirmation de la dépravation des mœurs dans ces lieux de débauche. D'autres s'interrogent sur les responsabilités du gérant qui laissait apparemment son bureau à la disposition du personnel pour des rencontres intimes.
Ce drame soulève de nombreuses interrogations. Comment le jeune DJ et la serveuse ont-ils pu accéder au bureau du gérant ? Le chef du personnel, qui disposait des clés, était-il au courant de ces pratiques ? L'établissement favorisait-il ce type de comportements ?
Pour la famille de Christophe Onana, c'est la consternation. Le jeune homme de 25 ans, qui tentait de survivre en multipliant les petits boulots dans les établissements de nuit, laisse derrière lui des proches effondrés et des questions sans réponses.
L'enquête devra également déterminer si des mesures de sécurité élémentaires étaient respectées dans cet établissement, et si le gérant peut être tenu pour responsable de ce qui s'est passé dans son bureau en son absence.
Ce décès n'est malheureusement pas un cas isolé. Régulièrement, des drames similaires surviennent dans les établissements de nuit de Yaoundé et d'autres villes du Cameroun. Consommation excessive d'alcool, prise de stupéfiants, relations sexuelles non protégées dans des conditions d'hygiène douteuses : autant de facteurs qui transforment ces lieux de divertissement en zones à risque.
Les autorités sanitaires et sécuritaires peinent à contrôler efficacement ces établissements, souvent tolérés pour des raisons économiques mais qui constituent de véritables bombes à retardement en termes de santé publique et de sécurité.
Pour l'heure, l'enquête suit son cours au commissariat du 12ᵉ arrondissement. La serveuse interpellée reste en garde à vue, tandis que les témoins continuent d'être entendus. Les résultats de l'autopsie, attendus dans les prochains jours, devraient permettre d'éclairer les circonstances exactes du décès.
La famille de Christophe Onana attend, elle, de pouvoir récupérer le corps de leur fils pour les obsèques. Un jeune homme de 25 ans fauché en pleine jeunesse, victime d'un moment d'égarement qui lui aura coûté la vie.
Dans le quartier Yaoundé Mabah, l'agitation est retombée. Mais le malaise, lui, persiste. Jusqu'à quand les habitants devront-ils subir l'insécurité et la dépravation qui caractérisent ce secteur ? L'autorité administrative saura-t-elle tirer les leçons de ce énième drame pour assainir définitivement le quartier ?