Après avoir autorisé ses candidats à postuler, le parti fait volte-face et boycotte définitivement le scrutin
C'est un revirement spectaculaire qui sème la confusion dans les rangs de l'opposition camerounaise. Dans un communiqué officiel daté du 6 février 2026 et signé par le Secrétaire Général par intérim du Comité Central, Elh Moussa Firissou, le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) d'Issa Tchiroma Bakary réaffirme "avec la plus grande fermeté et sans ambiguïté, sa décision souveraine de ne pas prendre part aux prochaines échéances électorales législatives et municipales".
Cette déclaration intervient quelques jours seulement après que le parti avait annoncé, par la voix de sa porte-parole Me Alice Nkom, sa participation au scrutin. Un nouveau rebondissement qui illustre les profondes divisions au sein du parti de l'ancien candidat à la présidentielle.
Le communiqué est sans équivoque. La décision de boycotter les élections législatives et municipales est présentée comme "ARRÊTÉE PAR SON PRÉSIDENT NATIONAL, ISSA TCHIROMA BAKARY" et constitue "la ligne politique immuable du parti".
Cette fermeté tranche radicalement avec les déclarations récentes qui laissaient entendre qu'Issa Tchiroma avait "officieusement" opté pour la participation électorale. Le FSNC justifie désormais son refus par "un constat irréfutable : les conditions minimales pour un scrutin démocratique, transparent et apaisé ne sont pas réunies".
Le parti d'Issa Tchiroma ne mâche pas ses mots. Selon le communiqué, s'engager dans le processus électoral reviendrait à "légitimer UN RÉGIME DÉFAIT DANS LES URNES À L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DU 12 OCTOBRE 2025, et À VALIDER une parodie électorale dont les résultats sont déjà préétablis".
Cette position reflète la ligne dure maintenue par Issa Tchiroma depuis la présidentielle, où il revendique la victoire et dénonce une fraude massive. Réfugié en exil depuis l'annonce des résultats qui ont reconduit Paul Biya au pouvoir, le leader du FSNC refuse toute forme de reconnaissance du scrutin d'octobre dernier.
Le FSNC se pose en gardien de principes intangibles. Le communiqué affirme que le parti "demeure inflexible dans sa quête d'intégrité" et ne déviera pas de sa trajectoire "tant que la protection du suffrage universel et le respect absolu de la volonté du peuple camerounais ne seront pas garantis".
Cette posture morale est renforcée par un hommage appuyé : "Notre fidélité à ces principes reste notre seule boussole, en mémoire de nos compatriotes tombés sur le champ d'honneur et de ceux encore illégalement détenus."
Ce nouveau revirement met en lumière les tensions internes qui traversent le FSNC. Comment expliquer qu'en l'espace de quelques jours, le parti passe de l'annonce d'une participation électorale à un boycott "avec la plus grande fermeté" ?
En choisissant la voie du boycott, le FSNC prend le risque de l'effacement politique. Sans représentation à l'Assemblée nationale ni dans les conseils municipaux, le parti pourrait perdre toute capacité d'action institutionnelle et se condamner à une opposition extra-parlementaire dont l'efficacité reste limitée.
Ce choix contraste également avec la stratégie de nombreux autres partis d'opposition qui, selon nos informations, travaillent actuellement à la constitution de listes communes sous l'égide de l'Union pour le changement.
Le FSNC fait désormais cavalier seul, assumant une posture de rupture totale avec un système qu'il juge définitivement illégitime. Une ligne politique qui pourrait séduire les électeurs les plus radicaux, mais qui risque aussi d'isoler le parti dans le paysage politique camerounais.
La convocation du corps électoral, attendue avant le 9 février, dira si d'autres formations emboîteront le pas du FSNC ou si Issa Tchiroma restera le seul opposant majeur à boycotter le scrutin.