Silence de Paul Biya face aux scandales d'Etat: ce qui se prépare n'est pas bon, l'heure est grave

Paul Biya Etat De Vieillesse Paul Biya

Mon, 9 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

L'affaire du Port autonome de Douala cristallise toutes les tensions qui traversent actuellement le Cameroun. Derrière ce qui pourrait sembler n'être qu'un conflit administratif se cache en réalité une crise profonde de gouvernance qui interroge la capacité du président Paul Biya à maintenir la cohésion de son appareil d'État.

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, l'opposition entre le directeur de l'enclave portuaire et le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, a pris une tournure inédite ces dernières semaines. Ce qui frappe les observateurs, c'est moins le conflit lui-même que la manière dont il a été géré – ou plutôt, dont il n'a pas été géré – par la présidence.

"Des supposées instructions présidentielles se sont heurtées aux interventions du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, et du ministre des Finances, avant que leur authenticité même soit remise en question", révèle Jeune Afrique dans son enquête. Cette phrase résume à elle seule le chaos qui règne actuellement au sommet de l'État camerounais.

Le plus troublant dans cette affaire reste la remise en question de l'authenticité même des instructions présidentielles. Comment en est-on arrivé à un point où les directives du chef de l'État peuvent être contestées ? Cette situation inédite soulève plusieurs hypothèses : soit ces instructions n'émanaient pas réellement de Paul Biya, ce qui impliquerait qu'une partie de son entourage agit en son nom sans son aval ; soit elles étaient authentiques mais ont été désavouées par la suite, ce qui témoignerait d'une improvisation dangereuse.

Dans les deux cas, l'image d'un pouvoir maîtrisé et coordonné en prend un coup. "Paul Biya n'a pas jugé utile de sortir de sa retraite pour y mettre un terme", note Jeune Afrique, soulignant le silence présidentiel face à cette cacophonie.

Au-delà des luttes de pouvoir, cette crise touche une infrastructure stratégique. Le Port autonome de Douala est la principale porte d'entrée économique du Cameroun, gérant plus de 95% du trafic maritime du pays. Toute instabilité à sa tête a des répercussions directes sur l'économie nationale et la confiance des investisseurs internationaux.

Les opérateurs économiques interrogés en coulisses expriment leur inquiétude face à cette situation. "Comment peut-on planifier nos activités quand on ne sait même pas qui donne les ordres au port ?" confie, sous couvert d'anonymat, un importateur de la place.

Joseph Dion Ngute, le Premier ministre, se retrouve dans une position particulièrement inconfortable. Jeune Afrique révèle qu'il est "ni réellement sur la sellette ni vraiment conforté", une situation d'entre-deux qui mine son autorité. Son intervention dans l'affaire du port, apparemment contredite ou ignorée, illustre les limites de son pouvoir réel.

Cette fragilisation du chef du gouvernement intervient alors qu'un remaniement ministériel est annoncé comme imminent depuis des semaines. "Toute la classe politique de Yaoundé attend en effet un remaniement, dont la perpétuelle imminence fragilise au plus haut point l'équipe en place", souligne Jeune Afrique dans son analyse.

L'affaire du Port autonome de Douala dépasse largement le cadre d'un simple conflit administratif. Elle révèle trois problématiques majeures :

D'abord, une crise d'autorité : quand l'authenticité des instructions présidentielles peut être contestée, c'est toute la chaîne de commandement qui est remise en question.

Ensuite, une crise de coordination : l'intervention contradictoire de plusieurs autorités (directeur du port, ministre des Finances, Premier ministre) sans arbitrage présidentiel témoigne d'un État qui fonctionne en ordre dispersé.

Enfin, une crise de communication : le silence de Paul Biya face à cette cacophonie laisse le champ libre à toutes les interprétations et alimente les rumeurs les plus folles sur l'état réel du pouvoir.

"En dehors du palais d'Etoudi, la perception est toute autre et le silence du président est aggravé par la cacophonie qui semble régner au sommet de l'État", constate Jeune Afrique. Cette perception d'un pouvoir désorganisé intervient dans un contexte déjà tendu, quelques mois après une élection présidentielle contestée.

Pour les observateurs de la scène politique camerounaise, l'affaire du port de Douala constitue un test. Si Paul Biya ne reprend pas rapidement la main sur ce dossier, d'autres crises similaires pourraient éclater, chacune érodant un peu plus l'autorité d'un président dont le silence devient assourdissant.

La suite des événements dépendra largement des prochaines échéances : le discours à la jeunesse prévu le 10 février et la possible convocation du corps électoral pour les élections locales. Ces rendez-vous obligeront-ils enfin Paul Biya à clarifier la situation ? Rien n'est moins sûr, tant le chef de l'État camerounais a fait du silence et de l'ambiguïté sa marque de fabrique politique.

Source: www.camerounweb.com