Le pouvoir appartient aux Ekan- Dieudonné Essomba dénonce le rôle symbolique du Premier ministre

Mini Dieudonne Essomba Image illustrative

Mon, 9 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Sur le plateau de Vision4, l'économiste a pointé du doigt la marginalisation de Joseph Dion Ngute et la concentration du pouvoir réel au sein du groupe Ekang et du Secrétariat général de la Présidence

Invité de l'émission Club d'Élites diffusée dimanche 8 février sur Vision4, l'économiste et analyste politique Dieudonné Essomba a livré une analyse sans concession du fonctionnement du pouvoir au Cameroun. Sa cible : le rôle effectif du Premier ministre Joseph Dion Ngute, qu'il juge purement symbolique et vidé de toute substance politique.

Pour Dieudonné Essomba, le constat est brutal : le Premier ministre Dion Ngute, issu de la communauté anglophone, serait cantonné à un rôle de façade. « Il est certain qu'on lui rappelle qu'il est là juste pour faire la figuration », affirme l'économiste, précisant que l'autorité réelle reste concentrée ailleurs, notamment au sein du groupe Ekang.

Cette déclaration fait directement référence à la répartition ethnique du pouvoir au Cameroun, un sujet sensible mais récurrent dans les analyses politiques. Le groupe Ekang, dont sont issus plusieurs responsables influents de l'appareil d'État, serait selon Essomba le véritable détenteur du pouvoir, reléguant le Premier ministre à une fonction représentative sans réel pouvoir de décision.

L'analyste va plus loin en décrivant le contrôle exercé sur le chef du gouvernement. « On lui montre même qu'il est surveillé avec son secrétaire général », explique-t-il, illustrant la limitation de son pouvoir effectif au sein de l'exécutif.

Cette surveillance rapprochée témoignerait, selon Essomba, d'une méfiance institutionnalisée qui empêche le Premier ministre d'exercer pleinement ses prérogatives constitutionnelles. Le message serait clair : malgré son titre, Joseph Dion Ngute ne disposerait pas d'une marge de manœuvre autonome.

Paul Menounga enfonce le clou : « Il n'a rien fait »

Dieudonné Essomba n'est pas seul à porter ce diagnostic. Sur le même plateau de Vision4, Paul Menounga a partagé une analyse tout aussi critique, estimant que le Premier ministre « n'agit pas effectivement dans le cadre de ses fonctions de chef du gouvernement ».

Menounga dresse un bilan cinglant du mandat de Dion Ngute : « Le Premier ministre a passé tout un septennat à poser les premières pierres. Il n'a rien fait […] Qui a implémenté la politique de la nation ? C'est le SGPR [Secrétariat général de la Présidence de la République] : les task forces, les hautes instructions qui viennent dire ce qu'on doit faire, les 21 000 lampadaires. »

Cette référence au dossier controversé des lampadaires, un marché de 21 milliards de FCFA validé directement par le Secrétariat général de la Présidence sans passer par le Premier ministre, illustre parfaitement le court-circuitage de la primature dans les décisions importantes.

Paul Menounga pousse l'analyse jusqu'à questionner la raison d'être même du poste de Premier ministre dans l'architecture institutionnelle camerounaise actuelle. « Même à la fin, vous comprenez qu'en réalité le poste de Premier ministre est un poste qui a été créé parce qu'on a voulu faire croire à certaines personnes que, bon, tripartite… bon, on vous donne quand même le Premier ministère », déclare-t-il.

Cette allusion à la « tripartite » fait référence à l'équilibre politique informel censé répartir le pouvoir entre les trois grandes régions du Cameroun : le Centre (groupe Ekang/Beti), l'Ouest (Bamiléké) et le Nord (Peuls). La nomination d'un anglophone à la primature en 2019 avait également été interprétée comme un geste symbolique vis-à-vis de la crise anglophone.

Les deux panélistes convergent vers un même constat : le véritable pouvoir exécutif ne se situe pas à la primature mais au Secrétariat général de la Présidence de la République (SGPR), dirigé par Ferdinand Ngoh Ngoh, figure influente du régime et membre du groupe Ekang.

C'est depuis le SGPR que partiraient les « hautes instructions », que seraient créées les « task forces » qui pilotent les grands dossiers, et que seraient validés les marchés stratégiques – comme celui des lampadaires – sans passer par les circuits traditionnels de l'action gouvernementale.

Ces déclarations mettent en lumière les fractures ethno-politiques qui structurent le pouvoir camerounais. Dieudonné Essomba parle ouvertement de concentration du pouvoir au sein du groupe Ekang, une réalité que beaucoup observent mais que peu osent formuler aussi clairement dans l'espace public.

Cette situation pose la question de la représentativité réelle du gouvernement et de l'équilibre des pouvoirs entre les différentes composantes de la nation camerounaise. Si le Premier ministre, censé être le chef du gouvernement et le coordonnateur de l'action publique, est effectivement réduit à un rôle de figuration, c'est toute l'architecture institutionnelle qui est remise en question.

Joseph Dion Ngute, nommé en janvier 2019 en pleine crise anglophone, semblait alors incarner une ouverture et une volonté de dialogue. Près de six ans plus tard, son bilan est contesté et sa position apparaît de plus en plus fragile, comme en témoigne l'attente interminable d'un remaniement ministériel promis mais jamais concrétisé.

Ni vraiment conforté, ni officiellement désavoué, le Premier ministre évolue dans une zone d'incertitude qui affaiblit son autorité et celle de son gouvernement. Les critiques publiques de Dieudonné Essomba et Paul Menounga ne font qu'accentuer cette fragilité.

À ce jour, ni le Premier ministre ni ses services n'ont réagi aux déclarations des deux panélistes de Vision4. Ce silence, qu'il soit tactique ou imposé, ne fait qu'alimenter les spéculations sur la réalité du pouvoir exercé par Joseph Dion Ngute.

Les Camerounais se demandent désormais si leur Premier ministre dispose réellement des leviers pour conduire la politique de la nation, ou s'il n'est effectivement qu'une figure représentative, chargée de « poser des premières pierres » pendant que les vraies décisions se prennent ailleurs, dans les couloirs du Palais d'Etoudi et du SGPR.

Source: www.camerounweb.com