D’Ahidjo à Biya : deux jours qui ont changé le Cameroun

Ahidjo 34 Image illustrative

Wed, 11 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

« Novembre 1982. En l’espace de quarante-huit heures, le Cameroun bascule. La démission surprise d’Ahmadou Ahidjo, le 4 novembre, ouvre la voie à une passation constitutionnelle sans précédent. Deux jours plus tard, Paul Biya devient le deuxième président de la République. Entre doutes, calculs et faux-semblants, retour sur un tournant dont les répliques politiques n’ont pas fini de se faire sentir. »



Le passage de témoin entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, survenu le 6 novembre 1982, est un événement historique exceptionnel au Cameroun. Il est précédé , deux jours plus tôt, le 4 novembre, par la démission surprise d’Ahidjo , officieusement pour raisons médicales. Paul Biya, Premier ministre depuis 1975, et désigné dauphin constitutionnel depuis le toilettage de la constitution de 1979, succède enfin constitutionnellement au président fondateur, entamant de fait , une transition pacifique qui débouchera rapidement sur un conflit ouvert, entre le "père" et le "fils".

Revenons à cette journée du jeudi 4 novembre 1982. Parmi les collaborateurs du président, seul Samuel Eboua croit à ce qui ressemble d’abord à une farce. Le président camerounais avait en effet l’habitude de ces pièges politiques, comme celui qu’il avait tendu au Dr Adamou Ndam Njoya, ministre de l’Éducation nationale, qui s’était précipité sur ce que De Gaulle appelait un « attrape-couillons ».

Ce jour-là, Jacques Foccart et son épouse Isabelle se trouvent à Abidjan, en Côte d’Ivoire. En route pour dîner avec le président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, ils apprennent la démission d’Ahidjo. L’Ivoirien s’emballe :

"C’est un ami de Senghor ! Et il n’a prévenu personne ! C’est inconséquent !"

Après plus d’une heure de conversation, Foccart reçoit le combiné : un homme au moral complètement à plat est au bout du fil. Dans ses mémoires, il avouera s’être trompé sur Biya :

« Ahidjo connaissait bien les hommes. Chaque fois que je me rendais à Yaoundé voir Ahidjo, je faisais toujours une visite de courtoisie à Paul Biya. Il était toujours amical, mais ne semblait pas suivre les affaires de l’État. Je pensais qu’Ahidjo l’avait nommé Premier ministre parce qu’il était homme de trop faible envergure, et qu’il ne pourrait pas lui poser problème, et que le moment venu d'organiser véritablement sa succession, il mettrait quelqu’un d’autre. Eh bien, je me suis trompé ! »

Maurice Robert, patron du SDEC et formateur de Fochivé à Dakar, confirmera :

"Biya était un bon second et non un premier."

Le 4 novembre 1982, sitôt la démission annoncée par Ahidjo à la traditionnelle messe radiodiffusée de Radio-Cameroun — retardée ce soir-là de plusieurs minutes —, tous les hommes influents et vautours de Yaoundé se précipitent vers le Lac, résidence du Premier ministre. Cette propriété comprend plusieurs dépendances et accueille un monde considérable.

Paul Biya, qui en réalité compte très peu d’amis véritables, connaît pourtant beaucoup de monde — chacun pensant en secret être indispensable. Il laisse dire et faire. Jeanne-Irène Biya, la maîtresse de maison, s’affaire pour servir whisky, champagne, vins et bières aux invités.

À l’apparition du Premier ministre — encore en poste pour deux jours, jusqu’à la passation officielle le 6 novembre —, tout le monde se lève. Les craquements des walkies-talkies des agents de sécurité résonnent tandis que fusent les « Félicitations, Monsieur le Président ». Certains compagnons de longue date restent sur place, veillant à donner au futur président la contenance et le courage nécessaires pour tenir jusqu’au samedi fatidique.

JPD

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