Dans un contexte de tensions au sommet de l'État, le président Paul Biya vient de mandater son Premier ministre, Joseph Dion Ngute, pour le représenter à la 39e session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine, prévue les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba en Éthiopie.
Cette désignation intervient quelques jours seulement après que le chef du gouvernement ait remporté une bataille stratégique dans la guerre des clans qui fait rage autour du Port Autonome de Douala (PAD). Le Premier ministre a en effet décidé de maintenir le contrat de la société SGS au PAD, malgré des pressions contraires émanant de certaines factions influentes de l'appareil d'État.
La fermeté de Joseph Dion Ngute dans l'affaire SGS a surpris jusqu'aux rangs de l'opposition. Armand Noutack II, ancien militant du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), n'a pas caché son étonnement dans une sortie sur les réseaux sociaux : « Le premier ministre Dion Ngute a fait preuve de courage et pour une fois depuis bien longtemps D'AUTORITÉ ».
« Longtemps ignoré, relégué au noir par l'omniprésence et l'hyper puissance du SGPR [Secrétariat général de la présidence de la République], on ne le voyait pas, si oui pour quelques prestations administratives, rien de plus », a ajouté l'analyste politique, soulignant la rareté d'une telle prise de position de la part du locataire de la Primature.
Le maintien du contrat SGS au Port de Douala marque une victoire importante pour Joseph Dion Ngute dans les luttes d'influence qui paralysent régulièrement l'action gouvernementale. Cependant, comme le note Armand Noutack II, cette décision pose une question fondamentale : « Et si la note à l'origine du problème venait vraiment du chef de l'État ? »
L'analyste s'interroge sur les conséquences de ce bras de fer : « La présidence va-t-elle laisser saper ainsi son autorité sans réagir ? Si à son tour la présidence confirme le départ de SGS, que deviendra le Premier ministre ? Va-t-il démissionner ? »
Dans ce contexte tendu, la désignation de Joseph Dion Ngute pour représenter le président Biya à l'Union africaine apparaît comme un signal politique ambigu. S'agit-il d'une récompense pour avoir tenu tête aux barons du régime ? Ou au contraire d'une mise à l'écart diplomatique le temps que les eaux se calment à Yaoundé ?
Pour Armand Noutack II, « le PM Dion Ngute vient peut-être d'appuyer sur le bouton ON pour déclencher la guerre OUVERTE entre les clans rivaux. Je parle de guerre ouverte car les clans sont déjà dans une sorte de guerre FROIDE depuis au moins 15 ans ».
L'ancien militant du MRC rappelle que « la crédibilité de la présidence de la République a déjà pris un sérieux coup pendant la crise MINSEP/FECAFOOT, avec les hautes instructions contestées, qui ont fini par DISPARAITRE CARRÉMENT ».
« Si la plus haute institution du pays encaisse ce nouveau camouflet sans réagir, alors les Camerounais comprendront très clairement que le Président Paul Biya n'est plus aux commandes », prévient-il.
Alors que Paul Biya célèbre ce 13 février son 93e anniversaire, l'affaire du Port de Douala et ses répercussions illustrent une fois de plus les difficultés du régime à maîtriser les luttes intestines qui minent son fonctionnement. La mission du Premier ministre à Addis-Abeba sera scrutée de près : à son retour, Joseph Dion Ngute sera-t-il toujours en position de force, ou devra-t-il plier face aux réseaux d'influence du palais ?