Port de Douala : le patronat hausse le ton et menace de suspendre ses activités dès lundi

Celestin Tawamba Sans Veste Image illustrative

Fri, 13 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Céléstin Tawamba exige la fin de la "cacophonie" causée par la coexistence de deux opérateurs de scanning

La guerre du scanning au Port Autonome de Douala (PAD) vient de franchir un nouveau cap. Céléstin Tawamba, président du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) et véritable "patron des patrons", a réuni ce jeudi 12 février 2026 les principaux acteurs économiques pour dénoncer une situation qu'il qualifie d'"inédite et totalement inacceptable".

La concertation organisée par le GECAM a rassemblé les représentants du SCADTC, de l'UCAM, du GPAC, du CNCC, du SYNEFOR, du GIMC, de CROPLIFE ainsi que plusieurs importateurs. Au cœur des préoccupations : la coexistence depuis début janvier 2026 de deux opérateurs de scanning – SGS et Transatlantic D SA – qui paralyse littéralement l'activité portuaire.

Cette situation fait suite à la bataille politique que se livrent différents clans au sommet de l'État camerounais autour du contrat SGS, que le Premier ministre Joseph Dion Ngute a décidé de maintenir malgré des pressions contraires.

Un réquisitoire sans concession

Dans un communiqué publié à l'issue des travaux, la communauté des affaires dresse un tableau alarmant des conséquences de cette "cacophonie" :

Rallongement des délais : Les opérations portuaires traînent en longueur, affectant toute la chaîne logistique.

Double facturation systématique : Les entreprises sont contraintes de payer deux fois les prestations de scanning, auxquelles s'ajoutent des surcoûts logistiques (taxes d'encombrement, surestaries, etc.).

Risques de rupture d'approvisionnement : Les ralentissements de production menacent l'approvisionnement de certains produits sur les marchés, avec une incidence directe sur les prix aux consommateurs finaux et le développement de la contrebande.

Perte de compétitivité : Le Port de Douala, pourtant qualifié de "poumon essentiel de notre économie", voit sa compétitivité gravement affectée.

Paralysie totale : Ces derniers jours, les opérations de dédouanement et d'embarquement des marchandises sont complètement bloquées.

Détérioration de l'environnement des affaires : L'image du Cameroun comme destination d'affaires fiable en prend un coup.

Face à cette situation, Céléstin Tawamba et le patronat camerounais formulent trois exigences aux autorités compétentes :

Normalisation immédiate : Une seule opération de scanning et un seul paiement doivent être instaurés sans délai.

Commission mixte d'évaluation : Mise en place d'une structure Administration-Secteur privé chargée d'évaluer les surcoûts subis par les entreprises et de procéder à leur remboursement intégral.

Gel des augmentations tarifaires : Le PAD doit suspendre ses hausses de tarifs jusqu'à l'évaluation complète de l'impact sur les coûts de passage et leur incidence sur les entreprises.

Le ton du communiqué ne laisse aucune place à l'ambiguïté. En l'absence d'une "issue définitive à cette crise", les entreprises mettront en œuvre "à titre conservatoire, dès le lundi 16 février 2026, une suspension temporaire des levées de Déclarations d'importation et d'exportation ainsi que des déclarations en douane".

Concrètement, cela signifie un arrêt quasi-total des activités portuaires, avec des conséquences potentiellement catastrophiques pour l'économie camerounaise, déjà fragilisée par divers défis.

Cette sortie musclée du GECAM intervient à un moment critique. Alors que le Premier ministre Joseph Dion Ngute s'apprête à représenter le président Paul Biya à la 39e session de l'Union africaine à Addis-Abeba les 14 et 15 février, le gouvernement camerounais se retrouve dos au mur.

La bataille politique autour de SGS, qui opposait déjà différentes factions du régime, prend désormais une dimension économique explosive. Le patronat, habituellement discret et diplomate, monte au créneau avec une fermeté rare, signe de l'exaspération du secteur privé face à ce qu'il considère comme une gouvernance erratique du dossier portuaire.

Comme l'avait prédit l'analyste Armand Noutack II dans une récente sortie sur les réseaux sociaux, la crédibilité de la présidence de la République est en jeu dans cette affaire. Si les autorités ne parviennent pas à trancher rapidement et à imposer une solution claire, c'est toute l'autorité de l'État qui sera questionnée.

Le week-end du 13 au 15 février s'annonce décisif. Les entreprises attendent des réponses concrètes avant lundi. Faute de quoi, le Port de Douala, déjà paralysé par la coexistence chaotique de deux opérateurs de scanning, pourrait connaître un arrêt complet de ses activités – un scénario cauchemardesque pour l'économie camerounaise.

Source: www.camerounweb.com