Dans une enquête exclusive publiée ce 17 février 2026, Jeune Afrique lève le voile sur les recompositions silencieuses qui s'opèrent à Yaoundé à l'approche de l'après-Biya. Et c'est à travers le parcours d'un seul homme — Bruno Bidjang — que se lisent les lignes de fracture entre les grandes factions du pouvoir camerounais.
Pendant que la scène politique officielle affiche une apparente unité autour du président Paul Biya, réélu en octobre 2025, les cercles du pouvoir se livrent, en coulisse, à une bataille de repositionnement dont Bruno Bidjang est peut-être le meilleur indicateur. Ce journaliste et communicant de 30 ans, passé en quelques années du bas de l'organigramme de Vision 4 aux soirées du palais des Congrès, incarne à lui seul la logique des clans qui structure le sommet de l'État camerounais.
C'est Jeune Afrique qui révèle, dans un portrait fouillé, les ressorts de cette trajectoire singulière : la manière dont Bidjang a su, au bon moment, tourner le dos à son mentor emprisonné, Jean-Pierre Amougou Belinga, pour se rapprocher de Ferdinand Ngoh Ngoh, le tout-puissant secrétaire général de la présidence de la République, et de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de Paul Biya.
La récente sortie fracassante de Bruno Bidjang contre les partisans du maintien de la société SGS au Port autonome de Douala, qu'il qualifie d'« antipatriotes » et de « mafieux », n'est pas anodine. Sans les nommer explicitement, ses attaques visent, selon Jeune Afrique, Louis Paul Motaze, ministre des Finances, figure d'un clan rival. Ce que les observateurs lisent comme une simple polémique économique est en réalité, selon les informations du magazine, le reflet d'un affrontement entre factions pour le contrôle des leviers économiques et institutionnels du pays, dans la perspective d'une transition inévitable.
L'entrée de Bidjang dans le cercle de Ngoh Ngoh aurait d'ailleurs été facilitée par Philippe Mbarga Mboa, ministre chargé de mission à la présidence, avec qui il entretient des liens familiaux — un détail révélé en exclusivité par Jeune Afrique qui illustre combien, au Cameroun, les alliances politiques se nouent souvent sur le fil ténu du sang et des réseaux régionaux.
L'image est saisissante. Le 8 janvier 2026, au palais présidentiel de Yaoundé, Bruno Bidjang assiste à la présentation des vœux au chef de l'État. Quelques mois plus tôt, il purgeait encore une peine de six mois de prison ferme à la prison centrale de Kondengui, condamné par le tribunal militaire pour « incitation au soulèvement » et « atteinte à la sûreté de l'État ». Cette réhabilitation fulgurante, documentée par Jeune Afrique, dit tout de la fluidité des loyautés au sommet du régime camerounais et de la manière dont les hommes du sérail savent, quand il le faut, effacer le passé au profit du présent.
La trajectoire de Bruno Bidjang n'est pas seulement celle d'un homme. Elle est le miroir d'un système où les allégeances valent plus que les convictions, et où la question de la succession de Paul Biya redessine, en accéléré, la carte du pouvoir.