RÉVÉLATIONS Dans un témoignage rare et saisissant, l'ancien président Ahmadou Ahidjo lève le voile sur les dessous de la création de la Garde présidentielle camerounaise. Entre méfiance ethnique, calculs géopolitiques et héritage colonial, il dévoile les critères aussi pragmatiques que controversés qui ont présidé au choix de ses gardes rapprochés. Une mise en garde à peine voilée sur l'évolution actuelle de cette institution, alors qu'il s'inquiète d'une éventuelle "étrangéisation" de la garde de son successeur Paul Biya. Des confessions explosives à découvrir dans l'ouvrage Les années Biya.
𝐀𝐡𝐢𝐝𝐣𝐨 𝐫𝐚𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞 𝐥’𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐠𝐚𝐫𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞
« Je vais vous raconter l’histoire de la Garde présidentielle : en vérité, cette garde a été constituée sur les conseils d’un vieil ami, un ancien colonel de l’armée française.
Dans un contexte où la situation politique était encore trouble, où nous vivions dans la psychose permanente du coup d’État ou d’un attentat contre la personne du chef de l’État, ce vieil ami m’a fait remarquer ceci, en prenant le cas d’un coup dur visant par exemple la prise du pouvoir, au terme d’une marche sur le palais présidentiel : le siège des institutions est à Yaoundé.
Là vit le président de la République. On ne peut évidemment pas imaginer que des hordes armées par les lamibés fassent une descente du Nord au Sud, avec la prétention d’attaquer le palais présidentiel à Yaoundé.
C’est là où se trouve le siège des institutions et le président de la République que s’organisera la marche vers le palais. C’est-à-dire dans le Sud. Si la Garde présidentielle est composée d’éléments sudistes, quelle que soit leur loyauté, ils hésiteront à tirer.
Car parmi les émeutiers, les marcheurs ou les manifestants, se trouveront leurs propres parents, leurs frères et sœurs.
Ils risquent par conséquent d’abandonner le président à son sort, sinon de retourner leurs armes contre lui. Or ceux qui ont la charge de la Garde présidentielle ne doivent avoir aucune hésitation en cas de clash. Mon ami m’avait fait observer en deuxième lieu que je ne pouvais pas trop compter sur les Peuhls, étant peulhl moi-même.
Il me rappela à cet égard, que l’histoire des Peuhls est révélatrice d’intrigues politiciennes et de coups de palais. Au surplus, me dit-il encore, un complexe psychologique qui tient dans toute l’histoire, veut que les Peuhls, grands seigneurs, répugnent à effectuer les tâches qu’ils confiaient traditionnellement à leurs esclaves, dans le passé : la garde des plantations, des concessions, des troupeaux, etc.
En outre, me fit-il remarquer, le Nord a toujours été dominé, sinon numériquement, mais par le fait des conquêtes de l’islam, par les Peulhs. À son avis, et pour toutes ces raisons, ceux-ci étaient peu sûrs pour constituer une garde efficace et loyale, à mon entière dévotion.
Il me suggéra par conséquent de m’entourer d’une garde présidentielle qui ne fut composée ni d’éléments bantous, ni d’éléments peulhs; et de choisir ceux qui n’avaient de liens profonds ni avec les uns, ni avec les autres. Il me conseilla alors de constituer ma garde des Mundangs, des Toupouris, des Falis, etc.
Ni Peulhs, ni Bantous, ni tout à fait chrétiens ni tout à fait musulmans et davantage animistes. Ceux-ci n’auraient pas de “frères” parmi les sudistes pour hésiter à tirer le moment venu de défendre le président contre une tentative séditieuse d’origine sudiste.
D’autre part, avec les Peulhs, ces peuplades ont toujours eu des comptes historiques à régler pour avoir été réduites par ceux-ci.
Si j’avais été menacé par les Peuhls, occasion eût été donnée non seulement à ma garde, mais également aux soldats de notre armée, dont le gros est également composé de Mundangs et de Toupouris de casser du Peuhl, comme l’envie les en chatouille depuis toujours.
Les Peuhls le sachant, se tenaient donc tranquilles. Et pour avoir été ainsi réduits, ce sont des gens habitués à obéir, qui s’honorent de servir un grand chef. (....) Voilà qui vous permet de comprendre de quelle manière j’ai composé la Garde présidentielle. (...) Ce qui me paraît grave par contre, c’est ce que j’ai appris : que le président Biya se serait vu proposer d’introduire dans sa garde présidentielle des éléments étrangers.
Il paraît que la France lui aurait proposé une assistance pour l’encadrement de la Garde présidentielle. Vous croyez que les Camerounais vont accepter ça ? Que leur président soit gardé par des étrangers comme Bongo au Gabon avec ses Marocains ou Mobutu au Zaïre avec ses Israéliens ? »
La suite en lisant « les années BIYA »
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