Fraude électorale pour Paul Biya: les convocations tombent, Vision 4 et Boney Philippe dans le viseur, Fridolin Nke vers Kondengui

Vision 4 Phillipe Boney Image illustrative

Fri, 20 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Boney Philippe est attendu le 24 février devant le Conseil national de la communication pour des propos tenus lors des éditions du 8 et du 15 février de son émission dominicale. En cause : des déclarations explosives sur la présidentielle d'octobre 2025 et le fonctionnement du pouvoir.

C'est une convocation. Puis une deuxième. Le présentateur de Club d'Élites, l'émission de débat dominical diffusée sur Vision 4, Boney Philippe, est attendu le 24 février prochain devant le Conseil national de la communication (CNC), le régulateur camerounais des médias. En cause : des propos jugés suffisamment graves pour déclencher non pas une, mais deux procédures en l'espace de quelques jours. Selon les informations du confrère Médiatude, les deux convocations concernent les éditions du 8 et du 15 février 2026 de son émission, et portent sur des déclarations de trois invités distincts qui ont enflammé les réseaux sociaux et visiblement irrité les autorités.

C'est l'édition du 15 février qui a déclenché le plus de remous. Ce soir-là, Fridolin Nke, enseignant de philosophie au profil pour le moins atypique — ancien opposant reconverti en soutien public de Paul Biya lors de la présidentielle d'octobre 2025 —, a lâché sur le plateau de Club d'Élites une série de déclarations qui ont rapidement circulé bien au-delà des téléspectateurs habituels de l'émission.

Revenant sur les résultats officiels du scrutin présidentiel, qui ont attribué 53 % des suffrages à Paul Biya contre 35 % à son principal challenger Issa Tchiroma Bakary, Fridolin Nke a ouvertement contesté ces chiffres, les qualifiant de produits de manipulation. « Il y a beaucoup de tricheries, de manipulations, de bourrages des urnes », a-t-il lancé, s'adressant directement au représentant du RDPC, le parti au pouvoir, présent sur le plateau. « Arrêtez de vous vanter que vous avez eu 53 %. »

Mais c'est sa confession personnelle qui a achevé de sidérer les observateurs. Le philosophe a en effet affirmé avoir lui-même participé à ce qu'il qualifie de « tricherie » lors du scrutin : « Moi-même, je sais que j'ai fait le faux. J'ai fait le faux pour l'avenir du pays, pour que ces cadres qui sont dans la guerre des clans ne tuent pas les gens inutilement. » Des mots qui, prononcés en direct sur un plateau de télévision nationale, ont une portée juridique et politique considérable.

Les déclarations de Fridolin Nke ne se sont pas arrêtées là. Au cours de la même émission, il a affirmé qu'une promesse de carburant lui aurait été faite en échange de son soutien au président sortant durant la campagne, promesse qui serait restée lettre morte. Une allégation qui, si elle était étayée, éclairerait d'un jour particulier son revirement politique très commenté à l'époque.

Plus surprenant encore, le philosophe a évoqué l'existence supposée de « magie au palais présidentiel », affirmant que le chef de l'État serait « victime de ces gens qui disent qu'il ne peut plus quitter le palais » et qu'il faudrait le « libérer, même par force ». Des propos qui oscillent entre dénonciation politique et déclaration iconoclaste, et dont la portée symbolique n'a pas échappé au régulateur.

Première convocation : Menounga, Essomba et le Premier ministre « fantôme »

La première des deux convocations adressées à Boney Philippe concerne l'édition du 8 février, lors de laquelle deux autres invités avaient déjà mis le feu aux poudres. Selon les informations du confrère, le politologue Paul Stéphane Menounga et l'économiste et consultant de Vision 4 Dieudonné Essomba avaient tenu des propos jugés problématiques sur le rôle du Premier ministre Joseph Dion Ngute dans l'appareil gouvernant.

Dieudonné Essomba avait notamment affirmé que le chef du gouvernement « est là juste pour faire la figuration », suggérant que le pouvoir réel se situerait en dehors de la primature. Une appréciation qui, dans le contexte politique camerounais, revêt une dimension explosive, à l'heure où les spéculations sur les centres de décision réels au sein de l'exécutif alimentent régulièrement les débats.

La double convocation de Boney Philippe place le Conseil national de la communication dans une position délicate. D'un côté, sa mission première est de veiller à la régulation des contenus diffusés sur les médias audiovisuels camerounais, ce qui inclut la gestion des propos susceptibles de troubler l'ordre public ou de porter atteinte aux institutions. De l'autre, toute sanction trop sévère risque d'être interprétée comme une tentative de museler un espace de débat qui, aussi chaotique soit-il parfois, reste l'un des rares formats télévisés où des voix critiques peuvent s'exprimer avec une certaine liberté.

Pour Boney Philippe, l'équation est connue de tous les présentateurs d'émissions de débat politique au Cameroun : inviter des personnalités qui font de l'audience, c'est s'exposer à ce que ces personnalités disent ce qu'elles ont à dire. La question de la responsabilité éditoriale de l'animateur — peut-il, doit-il interrompre un invité, recadrer des propos en direct, disposer d'un cadre de modération plus strict ? — sera probablement au cœur des échanges du 24 février.

Le journaliste n'a pas encore réagi publiquement aux deux convocations. L'audience devant le CNC sera suivie de près, aussi bien par la profession que par les nombreux téléspectateurs qui ont fait de Club d'Élites, bon gré mal gré, l'un des rendez-vous politiques les plus commentés du dimanche camerounais.

Source: www.camerounweb.com