Harcèlement sexuel : le procès Kobila met à nu les fragilités de la Commission des droits de l'homme

James Mouangue Kobila Image illustrative

Tue, 24 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Comment l'institution censée défendre les droits des Camerounais peut-elle fonctionner normalement lorsque son propre président est assis sur le banc des accusés ? C'est la question explosive que soulève Jeune Afrique, qui suit en exclusivité depuis plusieurs mois le procès opposant Judith Nkouete à James Mouangue Kobila, président de la Commission des droits de l'homme du Cameroun (CDHC).

L'affaire dépasse désormais largement le cadre d'un litige entre un supérieur hiérarchique et son ancienne collaboratrice. Elle révèle, selon les sources proches du dossier contactées par Jeune Afrique, une institution fragilisée de l'intérieur, coincée entre ses missions universelles de protection des droits fondamentaux et la réalité d'un procès pour harcèlement sexuel visant celui qui la dirige.

La question du renouvellement de mandat est au cœur des tensions. Jeune Afrique a appris que le mandat de James Mouangue Kobila à la tête de la CDHC arrive prochainement à son terme. Ses détracteurs sont formels : les absences répétées aux audiences, qui s'étendent désormais sur plus de six mois consécutifs, seraient une stratégie calculée pour repousser tout verdict compromettant jusqu'après une éventuelle reconduction à son poste. "On ne peut pas diriger une commission des droits de l'homme avec une condamnation pour harcèlement sexuel autour du cou", analyse un juriste camerounais contacté par notre rédaction, sous couvert d'anonymat.

L'enjeu continental vient encore compliquer le tableau. Jeune Afrique révèle que James Mouangue Kobila est actuellement candidat à la présidence du Réseau des institutions nationales africaines des droits de l'homme (Rinadh), dont il occupe aujourd'hui le poste de vice-président. Une élection à ce poste de premier plan lui conférerait une stature et une immunité symbolique considérables — et rendrait toute condamnation judiciaire encore plus retentissante sur la scène panafricaine.

Du côté de la défense, on maintient que les absences de l'accusé sont pleinement justifiées par ses obligations institutionnelles. Mais pour la plaignante et ses avocats, la réalité est tout autre. Depuis le début de 2025, Jeune Afrique a comptabilisé plus de deux cents questions posées en audience par James Mouangue Kobila à la partie civile — un feu roulant que les avocats de Judith Nkouete ont fini par dénoncer publiquement le 31 juillet 2025, annonçant qu'ils ne répondraient plus aux interrogatoires directs du prévenu.

Le tribunal de Yaoundé, lui, se retrouve dans une position inconfortable. Renvoi après renvoi — août, septembre, octobre, décembre 2025, puis février 2026 — la justice camerounaise donne l'impression de reculer devant un accusé dont l'agenda institutionnel semble primer sur le calendrier judiciaire. La prochaine audience, fixée au 30 avril, sera décisive. Si Mouangue Kobila ne se présente pas une nouvelle fois, la question de la crédibilité de l'appareil judiciaire camerounais se posera avec une acuité renouvelée.

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