La visite de Léon XIV au Cameroun, prévue dans les semaines qui suivront Pâques, se prépare dans un silence diplomatique soigneusement entretenu. Mais derrière les murs du Vatican, la tension est palpable. Jeune Afrique a pu reconstituer les échanges qui ont eu lieu entre la Secrétairerie d'État pontificale et plusieurs interlocuteurs africains depuis la présidentielle d'octobre 2025.
La lettre publique du père jésuite Ludovic Lado au pape Léon XIV n'est pas passée inaperçue dans les couloirs du Saint-Siège. Jeune Afrique révèle qu'elle a circulé au sein de plusieurs dicastères romains avant qu'une réponse officielle ne soit formulée. Le Saint-Siège a finalement choisi de répondre, sans toutefois remettre en cause l'agenda africain du pontife. Une décision qui, selon nos informations, reflète la position d'un Vatican soucieux de ne pas apparaître comme une institution susceptible de se plier aux pressions politiques extérieures, quelle que soit leur origine.
Le père Lado lui-même l'a reconnu publiquement : « L'essentiel est que le pape est au courant de ce qui se passe dans le pays, y compris de l'assassinat d'Anicet Ekane. » Une formule qui en dit long sur les attentes des critiques de cette visite : non pas annuler, mais que le souverain pontife se rende à Yaoundé en connaissance de cause.
C'est peut-être là que se joue la vraie bataille. Jeune Afrique a appris que plusieurs évêques camerounais auraient été sollicités, tant par des représentants du gouvernement que par des figures de l'opposition, pour influer sur le contenu du discours que prononcera le pape lors de son séjour. L'Église locale se retrouve ainsi prise en étau entre sa loyauté institutionnelle envers Rome, sa relation historique avec l'État camerounais, et les appels de plus en plus pressants d'une partie du clergé à briser le silence sur la crise postélectorale.
Le mouvement diaspora « Project C » ne mâche pas ses mots à ce sujet : dans sa lettre ouverte adressée au pontife dès le 17 novembre 2025, il reproche explicitement à l'épiscopat camerounais de choisir le silence au détriment de la vérité. « L'Église ne peut servir la vérité tout en acceptant les mensonges », peut-on y lire.
Malgré la controverse, les préparatifs avancent à un rythme soutenu. Jeune Afrique sait que des travaux ont d'ores et déjà été engagés dans les régions anglophones — toujours en proie à la guerre civile depuis une décennie — ainsi qu'à Yaoundé. La chaîne catholique KTO a, de son côté, déployé un important dispositif médiatique. Ces signaux concrets indiquent que ni le Vatican ni Yaoundé n'envisagent de revenir sur la décision.
Pour le Saint-Siège, le défi est désormais de calibrer avec soin les mots du pape sur place : suffisamment forts pour ne pas être perçu comme le bras diplomatique de Paul Biya, suffisamment mesurés pour préserver des décennies de relations avec l'État camerounais. Un équilibre périlleux, dans un pays où chaque geste du pontife sera scruté et instrumentalisé.