Drogue: comment la DGRE et les renseignements ont supervisé l'opération (image)

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Wed, 25 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

C'est un signal fort envoyé aux réseaux de trafic international de stupéfiants. Ce mardi 24 février 2026, les 2 491 kilogrammes de drogue saisis quatre jours plus tôt à l'Aéroport International de Douala ont été officiellement détruits, au terme d'une opération interinstitutionnelle de plus de cinq heures, placée sous la supervision directe du Gouverneur de la Région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua.

Tout commence le 20 février 2026, lorsque les services douaniers camerounais interceptent à l'Aéroport International de Douala une cargaison exceptionnelle par son volume et sa valeur. Le bilan est saisissant : 1 057 kilogrammes de cocaïne et 1 434 kilogrammes de tramadol — soit pas moins de 27 millions de comprimés de 225 milligrammes — sont mis sous séquestre et stockés dans les entrepôts du fret aéroportuaire. La valeur marchande de l'ensemble est estimée à 50 milliards de francs CFA sur les marchés illicites.

Quatre jours plus tard, conformément à l'arrêté du Gouverneur du Littoral, une commission régionale ad hoc est constituée pour procéder à la destruction légale et traçable de l'ensemble de ces produits psychotropes. La démarche, rigoureuse et multipartite, illustre la volonté des autorités camerounaises de traiter ce dossier dans la plus grande transparence institutionnelle.

Dès 8h40 ce mardi matin, la commission s'est réunie sur le site d'HYSACAM de Douala, entreprise spécialisée dans la gestion des déchets urbains, retenue pour accueillir l'opération de destruction. Avant tout broyage ou incinération, la commission a procédé à un listing exhaustif des produits saisis, puis à une vérification scientifique de leur nature exacte à l'aide de kits d'identification des stupéfiants de type Identa, afin d'écarter tout risque d'erreur ou de substitution.

Le processus de destruction — par broyage puis incinération — a duré jusqu'à 14 heures, soit plus de cinq heures d'opération continue. Le Gouverneur Ivaha Diboua est resté sur site jusqu'à la confirmation de la destruction complète des substances, avant de quitter les lieux.

La DGRE parmi les membres de la commission : un signal sur la nature du trafic

Ce qui frappe dans la composition de la commission régionale ad hoc, c'est la densité et la diversité des institutions mobilisées. Outre le représentant du Procureur Général près la Cour d'Appel du Littoral (vice-président) et le Chef du Secteur des Douanes du Littoral (rapporteur), la commission regroupait le Préfet du Wouri, le Maire de Douala, les commandants de la Gendarmerie et du Secteur Militaire N°2, le Délégué Régional de la Sûreté Nationale, ainsi que les délégués régionaux de la Santé Publique, de l'Environnement et de la Communication.

Mais c'est la présence du Chef du Poste de Liaison de la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE) du Littoral qui retient particulièrement l'attention des observateurs. Le renseignement extérieur camerounais n'est pas une institution qui s'invite dans ce type de commission pour de simples raisons protocolaires. Sa participation signale que les autorités camerounaises considèrent cette saisie comme dépassant le cadre d'un simple trafic local : les pistes d'une filière internationale, impliquant potentiellement des acteurs étrangers ou des réseaux transfrontaliers organisés, sont manifestement sur la table.

Le Chef du Secteur Opérationnel de la Surveillance du Territoire du Littoral était également présent, confirmant que plusieurs services de renseignement — intérieur et extérieur — suivent ce dossier de concert.

La nature même des produits saisis interroge. Si le tramadol, opioïde de synthèse dont l'usage détourné ravage plusieurs régions du continent africain, est malheureusement devenu un marqueur habituel des saisies douanières en Afrique centrale et de l'Ouest, la cocaïne est une tout autre affaire. Sa présence en quantité aussi massive à l'aéroport de Douala — une plateforme aérienne majeure en Afrique centrale — pointe vers des routes de transit entre l'Amérique latine et l'Europe ou le Moyen-Orient, avec le Cameroun comme territoire de passage ou de redistribution.

À ce stade, les autorités n'ont pas communiqué sur l'origine de la cargaison, ni sur les personnes interpellées dans le cadre de cette affaire. Les enquêtes sont en cours, et la présence de la DGRE au sein de la commission de destruction laisse penser que le volet judiciaire et renseignement de ce dossier est loin d'être clos.

Une victoire douanière, un avertissement pour les trafiquants

Pour les douanes camerounaises, cette opération est une démonstration de force. Saisir près de 2 500 kilogrammes de stupéfiants en une seule interception, puis les détruire en moins d'une semaine selon une procédure légale irréprochable, c'est envoyer un message clair : l'Aéroport International de Douala n'est pas un couloir ouvert pour le crime organisé.

Le Gouverneur Ivaha Diboua, en supervisant personnellement l'ensemble de l'opération de destruction jusqu'à son terme, a donné à cet acte une dimension politique autant que sécuritaire. Dans un contexte régional où la crédibilité des institutions est souvent mise en doute, le choix de la transparence — commission interinstitutionnelle, présence de l'autorité judiciaire, vérification scientifique, destruction publique et traçable — constitue en soi un acte de gouvernance que peu de pays de la sous-région auraient su orchestrer avec une telle rigueur.

Source: www.camerounweb.com