Enfin : la date du remaniement ministériel vient d'être donnée

SEM Paul Biya Remaniement ministériel

Wed, 25 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Le nouveau gouvernement est très attendu. La liste des ministres et de leur portefeuille tombera à coup sûr cette année. Plus précisément dans le premier semestre. Mieux encore, un mois et un jour sont donnés dans le journal L’Eliten numéro 607.

Au palais de l’unité, le temps ne s’écoule pas, il se sédimente. Alors que Yaoundé bruisse, comme à son habitude, de listes circulantes et de destins ministériels brisés sur l’autel des réseaux sociaux, le « maître du Temps », Paul Biya, semble une fois de plus avoir choisi la voie de la procrastination stratégique. Malgré les annonces solennelles du 31 décembre 2025 et du 10 février dernier, une indiscrétion venue des arcanes du premier cercle familial présidentiel vient doucher les impatiences : rien ne bougera avant le 20 mai 2026. Décryptage du socio-agenda du président Paul Biya.

Pourquoi ce nouveau sursis, alors que l’appareil d’État semble fonctionner en apnée ? Pour comprendre ce report, il faut plonger dans la grammaire politique d’un homme de 93 ans qui, après 43 ans de règne, ne perçoit plus l’urgence que sous le prisme de la postérité et de la stabilité structurelle.

L’hypothèse d’une modification constitutionnelle préalable au mouvement gouvernemental n’est plus un secret de polichinelle ; c’est une nécessité de survie institutionnelle. Le spectre de la « guerre des clans », illustré par les tensions éruptives autour du scanning au port de Douala-Bonabéri, impose une clarification.

L’institutionnalisation d’un poste de vice-président, véritable dauphin constitutionnel, permettrait de désamorcer les bombes à fragmentation qui menacent l’unité du RDPC. En créant cette « béquille officielle », Paul Biya ne nomme pas seulement un successeur, il sanctuarise la transition générationnelle qu’il a promise aux femmes et aux jeunes lors de son septennat des Grandes Espérances.

Le deuxième acte de ce socio-agenda concerne la décentralisation. Les communes actuelles, véritables colosses aux pieds d’argile, souffrent d’une « obésité » administrative qui paralyse l’action locale. Le redécoupage est impératif. Mais ici, le génie, ou le démon, du gerrymandering (charcutage électoral) guette.

Après un recul inédit du parti au pouvoir dans certains bastions historiques lors de la dernière présidentielle, redessiner la carte n’est pas qu’un exercice d’urbanisme, c’est une manœuvre de survie électorale. Le Président sait que pour « optimiser » la décentralisation sans perdre le contrôle, il lui faut une architecture territoriale qui dilue l’opposition là où elle a percé. Ce travail d’orfèvre ne s’improvise pas en quelques semaines.

Enfin, le remaniement de l’après-20 mai devra acter la fin d’une époque. Le « Jeu des Grands Équilibres », cette alchimie géopolitique si chère au Cameroun, est mis à mal par l’usure biologique des caciques et l’émergence de nouvelles figures plus dynamique. La session parlementaire de mars sera le laboratoire de cette recomposition. Paul Biya doit remplacer des figures tutélaires par des leaders plus en phase avec les enjeux et défis en cours, capables d’incarner ce « changement de cap » exigé par une population en proie au chômage et au sous-emploi.

En fixant l’horizon au-delà de la fête nationale du 20 mai, Paul Biya s’offre un dernier baroud d’honneur symbolique avant d’engager le pays dans une mutation irréversible. Pour les ministres actuels, ce n’est pas un blanc-seing, mais un sursis sous haute surveillance. Le message est clair : « travaillez tous, mais pour certains, préparez aussi vos cartons ». Car au Cameroun, si le changement est lent, sa mise en scène, elle, est toujours impitoyable.

Parlant de ce remaniement, désormais plus attendu que fantasmé, une rumeur tenace, que certains s’empressent d’ériger en dogme, circule dans les antichambres et les médias sociaux : tout membre du gouvernement dont la localité d’origine n’aurait pas accordé un score “massif” ou aurait “rejeté” l’offre politique du président-candidat, Paul Biya, devrait être immédiatement débarqué. Cette thèse, séduisante par sa simplicité punitive, est en réalité une dangereuse démagogie qui menace les fondations mêmes de notre cohésion nationale et l’efficacité de l’action publique. Elle réduit la fonction ministérielle à une simple procuration électorale régionale et foule aux pieds le principe fondamental de la compétence. Les débats qui nourrissent cette polémique soulignent implicitement l’idée que le rôle d’un ministre est d’abord celui d’un agent de mobilisation régionale. Or, cette vision est profondément réductrice et erronée dans un État unitaire. Un ministre n’est pas nommé pour garantir un score électoral dans son village natal. Il est le serviteur de la nation tout entière.

Si l’on suit l’argument de la sanction par le score, l’on met en péril l’un des plus grands acquis de l’ère Paul Biya : l’équilibre régional et la représentativité au sein des institutions. Faut-il décapiter l’équipe gouvernementale de ses meilleurs éléments sous prétexte que le vote dans leur localité a été l’expression d’un mécontentement conjoncturel ou d’une adhésion à une offre alternative qui, en fin de compte, n’a pas réussi à emporter la majorité nationale ?

Le président de la République, garant de l’unité, doit se montrer au-dessus de ces calculs mesquins. Le renouvellement ministériel est une prérogative présidentielle qui doit obéir à une logique de redynamisation de l’action publique et de récompense de l’efficacité, et non de règlement de comptes post-électoral basé sur des critères extra-fonctionnels. Georges Clemenceau affirmait en son temps : « La vraie politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire », aujourd’hui, ce qui est nécessaire au Cameroun, ce n’est pas de purger un gouvernement sur la base de scores locaux jugés insuffisants. Ce qui est nécessaire, c’est de consolider une équipe capable de faire face aux défis économiques, sécuritaires et sociaux pressants.

C’est de juger le ministre des Travaux publics sur l’état des routes, et non sur le bulletin de vote de son village. « En politique, on ne juge pas les hommes par les promesses de leurs régions, mais par les réalisations de leurs fonctions » disait Machiavel. L’on peut donc comprendre que le score n’est pas un boulet, mais l’expression démocratique d’une partie du corps électoral. L’efficacité et l’unité de la Nation doivent primer sur la sanction politicienne car « dans l’administration des affaires publiques, la première vertu n’est pas l’allégeance du sang, mais l’efficacité du cerveau », comme pensait Platon. Ainsi, le prochain remaniement doit être un exercice de haute gestion des ressources humaines de l’État, et non un simple ajustement comptable de la carte électorale. C’est le prix à payer pour une gouvernance qui cherche l’unité, au lieu de la division.

Source: www.camerounweb.com