Trafic de drogue : Voici les héritiers au Cameroun de Pablo Escobar

Drogue Saisi Le Cameroun est aujourd'hui face au miroir de la Guinée-Bissau, muée en « Narco-État »

Wed, 25 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

La saisie et la destruction des tonnes de stupéfiants de différentes natures relance le débat sur le narco trafic au Cameroun. Cette situation pousse à lever le voile sur l’ampleur de ce trafic illicite au pays de Paul Biya.

50 milliards de francs CFA. Ce chiffre n’est pas seulement mirobolant. C’est un signal d’alarme. Le 20 février 2026, les services des Douanes camerounaises ont annoncé la saisie, à l’aéroport de Douala, d’environ 2,5 tonnes de stupéfiants. Le ministre des Finances lui-même s’est déplacé pour constater cette saisie exceptionnelle.

Mais derrière la satisfaction légitime des services, une question plus grave demeure : comment une cargaison d’une telle valeur a-t-elle pu parvenir jusqu’au cœur de notre principal hub aéroportuaire ?

Surtout, quelle était sa destination finale ? Si cette montagne de drogue était destinée à la consommation locale, elle révèlerait une mutation terrifiante : une explosion de la demande interne sur des stupéfiants bas de gamme. Or, la présence massive de cocaïne, drogue de luxe, interpelle. Dans un pays où le pouvoir d’achat s’étiole, qui sont ces consommateurs capables de soutenir un tel marché ?

L’autre hypothèse qui semble la plus probable, est celle d’un transit. Le doute n'est d'ailleurs plus permis : la saisie récente, sur la scène mondiale, d’un navire transportant 10 tonnes de cocaïne battant pavillon camerounais place désormais notre pays comme plaque tournante certifiée. Lorsqu’un pavillon national devient la couverture de choix pour les cartels transatlantiques, ce n’est plus une faille douanière : c’est une abdication de souveraineté. Le Cameroun ne prêterait plus seulement son sol, il louerait son identité juridique au crime mondial.

Cette saisie s’inscrit dans une série noire : juillet 2025 (200 kg), avril 2025 (70 kg). Le narcotrafic infiltre l’économie réelle par le blanchiment, transformant l’argent criminel en capital respectable via des établissements luxueux. Le tragique récent décès d’une jeune fille à Yaoundé illustre ce cocktail explosif : établissements luxueux, personnalités « très introduites » et overdose.

L’histoire a déjà connu ce scénario. Dans les années 1980, Pablo Escobar n’avait pas besoin de remplacer l’État ; il lui suffisait de le neutraliser. Le Cameroun est aujourd'hui face au miroir de la Guinée-Bissau, muée en « Narco-État ».

Cependant, il serait trop simple de ne pointer que la faillite morale sans interroger la démission matérielle de l’institution. Comment demander une intégrité de fer aux agents des forces de l'ordre qui font face à la précarité ? Face à un flux en dizaines de milliards, le rempart que constitue l’agent de base tient-il encore ? On ne peut exiger l'héroïsme de celui qui peine à scolariser ses enfants alors qu'en face, le narcotrafic lui propose l'équivalent d'une vie de labeur.

Mais le mal est plus profond encore. Que peut-on obtenir quand on utilise les services de sécurité pour des basses œuvres ? Le spectacle est désormais quotidien : des éléments issus d’unités censés être de l'ombre s’exhibent dans nos cités, arborant fièrement des t-shirts estampillés au nom de leurs services. Lorsqu’un agent des forces de l’ordre n’est plus le serviteur de la Loi, mais l’homme de main d’un clan, il devient un intermédiaire. Celui que l’on utilise pour salir les autres finit par souiller l’uniforme. Dans ces conditions, le narcotrafic ne trouve plus d'adversaires, il trouve des partenaires d'affaires, des complicités insoupçonnables.

Cette précipitation des autorités à s’afficher à médiatiser cette prise pose enfin une question de compétence : ne vient-on pas de brûler l’enquête ? En transformant une opération de renseignement en spectacle, s’est-on rassuré qu’on bien maitrisé le circuit, probablement non. On a plutôt offert aux réseaux le temps de s’évaporer.

Pire, cette mise en scène occulte le problème de la gestion des stocks. Où est gardée cette montagne de poudre ? Comment l'État garantit-il l’intégrité d’un scellé de 50 milliards alors que le silence est total sur le devenir des saisies de 2025 ? Sait-on seulement où en sont les cargaisons précédentes ? Tant que la saisie ne sera pas suivie d’une destruction publique, transparente et certifiée sous contrôle d’huissier, le doute persistera : l'État combat-il le trafic, ou est-il en train d'en constituer, malgré lui, les stocks de réserve ? La communication sans preuve de destruction n'est pas de la lutte contre le crime, c'est de la gestion de marchandises.

La réponse doit être chirurgicale. Si l’État ne reprend pas le contrôle de ses instruments de surveillance, ce sont ces instruments qui finiront par servir les intérêts de ceux qu'ils sont supposés traquer. Le narcotrafic ne cherche pas seulement à passer. Il cherche à rester. Et lorsqu’il s’installe, ce n’est plus seulement la sécurité qui est menacée. C’est l’État lui-même.

Cyrille TCHAMBA


Source: www.camerounweb.com