Ancien élève des prestigieuses universités américaines, artisan de la triplement des recettes fiscales du Cameroun et élu "Meilleur ministre des Finances africain" en 2006, Polycarpe Abah Abah incarne un paradoxe camerounais. Celui qui a conduit le pays au point d'achèvement de l'initiative PPTE a vu sa carrière basculer à partir de 2008, accumulant six condamnations et 81 années de prison pour détournement de fonds publics, sans jamais cesser de clamer son innocence. Retour sur le parcours d'une figure centrale, et controversée, de l'administration financière camerounaise.
Polycarpe Abah Abah : Ministre de l’Économie et des Finances, Directeur des Impôts – Somme détournée : 750 milliards de francs CFA
Polycarpe Abah Abah, né le 17 septembre 1954 à Zoétélé dans la Région du Sud, est un homme politique camerounais et une figure centrale de l’administration financière du pays. Il a exercé les fonctions de Directeur des Impôts et de Ministre de l’Économie et des Finances de 2004 à 2008, avant d’être arrêté dans le cadre de l’opération Épervier, pour des accusations de détournement de fonds publics à hauteur de 750 milliards de francs CFA.
Formation et études
Après son baccalauréat série A obtenu en 1974 au lycée de Manengoumba avec mention bien, Polycarpe Abah Abah étudie l’économie à l’Université de Yaoundé avant d’obtenir un Master of Public Administration à l’Université de Californie du Sud (Los Angeles). Il complète sa formation en finances publiques à l’Institut du Management d’Atlanta et à l’International Law Institute de Washington DC, et est diplômé de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) et de l’Institut d’Administration Publique de Paris.
Carrière professionnelle
Il commence sa carrière à la Direction des Impôts, jouant un rôle clé dans la mise en place de la fiscalité pétrolière et représentant l’État au Conseil d’Administration de la SNH. Il est successivement sous-directeur de la législation fiscale, membre de la Commission nationale des marchés publics, expert pour l’Union douanière et économique de l’Afrique centrale et sous-directeur national chargé des enquêtes et du contrôle fiscal.
De 1988 à 1991, il est attaché au Secrétariat général de la Présidence de la République, puis chargé de mission auprès du Premier Ministre (1991-1998) et président de la Commission Nationale des Réformes Fiscales, qui établit le cadre fiscal actuel du Cameroun. De 1998 à 2004, comme Directeur des Impôts, il fait passer les recettes fiscales de 250 milliards à 750 milliards de francs CFA, multipliant par trois les revenus de l’État.
Carrière politique
Nommé Ministre de l’Économie et des Finances en décembre 2004, il assainit les finances publiques et restaure la crédibilité de l’État auprès des partenaires au développement. Sous son mandat, le PIB croît de moins de 2 % à plus de 4 %, et l’inflation reste sous 2 %. En 2006, le Cameroun atteint le point d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés, avec un allègement significatif de sa dette.
Ennuis judiciaires
À partir de 2008, Polycarpe Abah Abah est régulièrement poursuivi dans le cadre de l’opération Épervier. De 2008 à 2022, il est condamné six fois par le Tribunal Criminel Spécial pour diverses affaires de corruption et détournement de fonds, cumulant 81 années de prison, tout en étant acquitté dans deux affaires (affaire Lydienne Eyoum et affaire TVA). Il a toujours nié les accusations, ses avocats affirmant que les sommes étaient utilisées par l’administration camerounaise.
Récompenses et distinctions
Malgré ces épreuves, il est Chevalier de l’Ordre de la Valeur et a été nommé Meilleur Ministre des Finances Africain 2006 par l’Assemblée générale des institutions de Bretton Woods à Singapour.
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