JEUNE AFRIQUE / Ekane est mort faute d'oxygène : ce que la famille révèle sur les conditions de sa détention

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Thu, 26 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

Il possédait un extracteur d'oxygène. Un appareil médical indispensable à sa survie, que ses proches avaient tenté de lui faire parvenir durant sa détention. Il ne lui a jamais été remis. C'est ce que révèle en exclusivité à Jeune Afrique Elombo Ekane, fils d'Anicet Ekane, décédé le 1er décembre 2025 dans les locaux de détention militaire. Une révélation qui requalifie radicalement les circonstances de cette mort, quelle que soit la conclusion du rapport d'autopsie.

Le communiqué du ministère de la Défense publié le 24 février conclut à une « mort naturelle », invoquant de « graves pathologies » et de « lourds antécédents médicaux ». Des conclusions que la famille ne conteste pas sur le fond médical — Anicet Ekane était effectivement affaibli — mais qu'elle juge radicalement insuffisantes.

« La maladie relève peut-être de la nature, mais c'est l'abandon et la négligence qui ont scellé le destin de mon père », confie Elombo Ekane à Jeune Afrique, dans un entretien exclusif. Au cœur de cette accusation : le refus des autorités de détention de permettre à Anicet Ekane d'utiliser son extracteur d'oxygène personnel, un équipement médical vital pour un patient souffrant de pathologies respiratoires documentées.

Jeune Afrique a tenté d'obtenir une réaction du ministère de la Défense sur ce point précis. Aucune réponse n'a été fournie à l'heure de la publication de cet article.

Pour la famille, la sémantique du rapport gouvernemental constitue en elle-même une forme de manipulation. « Même en l'absence d'un acte volontaire directement infligé à notre père, le fait de ne pas lui avoir permis d'utiliser son extracteur d'oxygène constitue une négligence grave. C'est un abandon », dénonce Elombo Ekane, dont les propos ont été recueillis en exclusivité par Jeune Afrique.

Le terme juridique qu'il emploie est lourd de sens : « non-assistance à personne en danger ». Une qualification pénale qui, si elle était retenue, ferait basculer cette affaire du registre médical vers le registre judiciaire, indépendamment des conclusions de l'autopsie.

Des médecins consultés par Jeune Afrique, sous couvert d'anonymat, soulignent qu'un patient dépendant d'un extracteur d'oxygène placé en détention sans accès à cet équipement est exposé à un risque vital documenté et prévisible. « Ce n'est pas de la malchance. C'est une défaillance dans la prise en charge médicale d'un détenu, ce qui engage la responsabilité de ceux qui avaient la garde de sa personne », indique l'un d'eux à Jeune Afrique.

Pour tenter de crédibiliser ses conclusions, le ministère de la Défense a mis en avant des analyses complémentaires effectuées au Centre universitaire romand de médecine légale, en Suisse. Un argument balayé par la famille. Jeune Afrique a appris qu'il s'agissait exclusivement d'analyses toxicologiques — destinées à détecter d'éventuelles substances empoisonnantes — et non d'un examen global des conditions de détention ou de l'accès aux soins.

« Nos interrogations ne portaient nullement sur le terrain toxicologique », précise Elombo Ekane à Jeune Afrique. « La question n'était pas : a-t-on empoisonné mon père ? La question était : a-t-on fait tout ce qui était médicalement nécessaire pour le maintenir en vie ? À cette question, ce rapport ne répond pas. »

Dernier élément troublant révélé à Jeune Afrique : à ce jour, la famille d'Anicet Ekane affirme ne pas avoir reçu copie du rapport d'autopsie dont le gouvernement s'est pourtant largement prévalu dans sa communication officielle. « Nous apprenons les conclusions de l'autopsie de notre père par voie de communiqué de presse », s'indigne Elombo Ekane.

La famille dit se réserver le droit de demander une contre-expertise médicale indépendante et n'exclut aucun recours judiciaire. Pour elle, tant que les conditions exactes de la détention d'Anicet Ekane n'auront pas été établies de manière transparente — et notamment les raisons du refus d'accès à l'extracteur d'oxygène —, aucune conclusion ne pourra être définitivement acceptée. Pas même celle d'une « mort naturelle ».

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