Il arrive dans l'œil du cyclone. Nommé ce 25 février 2026 chef intérimaire de la Direction régionale de la Police judiciaire du Littoral par le Délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguele, le commissaire divisionnaire Alain Camille Nguen Sany hérite d'un poste brûlant, dans une conjoncture explosive. Portrait d'un homme appelé à redresser une maison fragilisée par le scandale.
La décision est tombée vite. Trop vite pour être anodine. En relevé son prédécesseur, le commissaire divisionnaire Amadou Oumarou, dans des circonstances entourées de zones d'ombre — une cargaison de drogue évaluée à 600 millions de FCFA aurait mystérieusement disparu sous sa responsabilité —, le DGSN Martin Mbarga Nguele n'avait pas le luxe de laisser le poste vacant. Il fallait un homme de confiance, disponible immédiatement, capable de reprendre en main une structure secouée par des accusations internes graves.
C'est Alain Camille Nguen Sany qui a été désigné pour relever ce défi.
Avant sa nomination à Douala, le commissaire divisionnaire Nguen Sany était en poste à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest. Un terrain particulièrement exigeant : depuis 2017, cette région est l'épicentre de la crise anglophone qui déchire le pays, avec son cortège d'insécurité, d'enlèvements, de trafics en tout genre et de tensions permanentes entre les forces de l'ordre et les groupes armés séparatistes.
Maintenir une structure de police judiciaire opérationnelle dans ce contexte est une école de rigueur et de sang-froid que peu d'officiers traversent sans en sortir aguerris. C'est précisément ce profil — un homme rodé aux situations de crise, habitué à travailler sous pression et dans des environnements institutionnels instables — que le DGSN a vraisemblablement voulu placer à la tête de la PJ du Littoral.
La Direction régionale de la Police judiciaire du Littoral n'est pas un poste ordinaire. Douala est la capitale économique du Cameroun, le premier port d'Afrique centrale, une métropole de plus de 4 millions d'habitants et, par définition, le principal point d'entrée et de sortie des trafics illicites dans la sous-région.
C'est à Douala que transite l'essentiel de la cocaïne en provenance d'Amérique latine, du Tramadol acheminé depuis l'Asie, et des marchandises de contrebande qui alimentent des réseaux s'étendant jusqu'au Sahel. La spectaculaire destruction de plus de 2 tonnes de drogue organisée le 24 février à l'Aéroport international de Douala — 1 057 kg de cocaïne et 1 434 kg de Tramadol pour une valeur estimée à près de 50 milliards de FCFA — illustre, si besoin était, l'ampleur des enjeux.
Nguen Sany prend donc les rênes d'une structure au cœur de la lutte contre le narcotrafic international, au moment précis où celle-ci est éclaboussée par des soupçons de complicité interne.
Sa feuille de route n'a pas été rendue publique. Elle n'avait pas besoin de l'être. Le contexte parle de lui-même : Alain Camille Nguen Sany est attendu sur trois fronts simultanés.
D'abord, rétablir la discipline interne au sein d'une Direction dont des éléments ont eux-mêmes dénoncé leur chef — signe d'une fracture institutionnelle profonde qu'il faudra suturer sans écraser les lanceurs d'alerte qui ont permis la vérité d'éclater.
Ensuite, coopérer avec les éventuelles enquêtes judiciaires ouvertes sur la disparition de la cargaison de drogue, sans que son service ne soit perçu comme voulant enterrer l'affaire.
Enfin, et surtout, envoyer un signal clair aux réseaux criminels qui auraient pu croire trouver dans la compromission de la PJ du Littoral une fenêtre d'impunité : cette fenêtre est désormais fermée.
Dans les couloirs de la Sûreté nationale, certains voient dans cette nomination un acte de confiance fort du DGSN Mbarga Nguele envers Nguen Sany. D'autres, plus prudents, rappellent que le poste est un piège autant qu'une promotion : quiconque échoue à y faire le ménage sera rattrapé par le scandale de son prédécesseur.
Ce que l'on sait, c'est qu'Alain Camille Nguen Sany arrive à Douala sans le poids des réseaux locaux, sans les dettes relationnelles qui compromettent parfois les responsables issus du sérail littoral. C'est peut-être là son principal atout — et la raison profonde pour laquelle c'est son nom qui a été retenu.