Dans une tribune solennelle rendue publique ce jour, Guibaï Gatama, figure intellectuelle et voix engagée du grand Nord camerounais, lance un appel pressant au gouvernement face à la recrudescence des attaques terroristes de Boko Haram dans la région de l'Extrême-Nord. Un cri du cœur autant qu'un acte politique, à destination d'un État qu'il accuse implicitement de sous-estimer l'ampleur de la crise.
Les départements du Mayo-Tsanaga, du Logone et Chari et du Mayo-Sava sont, depuis des années, les cibles récurrentes d'incursions meurtrières menées par la secte jihadiste Boko Haram. Enlèvements, pillages, attaques de villages, assassinats ciblés : les populations civiles de ces zones frontalières avec le Nigeria et le Tchad vivent sous une pression permanente, dans un climat de peur qui paralyse toute vie sociale et économique normale.
Pour Guibaï Gatama, cette réalité ne souffre plus aucun euphémisme : « La persistance des attaques terroristes constitue une alerte grave que nul responsable public ne saurait ignorer. » Une formulation qui sonne comme un avertissement adressé directement aux décideurs de Yaoundé.
Ce qui frappe dans la sortie de Gatama, c'est la dénonciation d'une invisibilité institutionnelle. L'Extrême-Nord, région parmi les plus pauvres et les plus enclavées du pays, peine depuis trop longtemps à figurer au cœur des priorités nationales. Les attaques de Boko Haram y sont devenues une tragédie presque routinière, reléguée aux marges des agendas politiques et médiatiques.
« L'Extrême-Nord ne doit pas demeurer le théâtre oublié d'une guerre silencieuse », écrit-il, avec une formule-choc qui résume à elle seule le sentiment d'abandon ressenti par des milliers de compatriotes.
La voix de Guibaï Gatama n'est pas celle d'un inconnu. Journaliste, éditeur et observateur avisé des réalités du septentrion camerounais, il bénéficie d'une crédibilité qui donne un poids particulier à sa prise de parole. Son appel intervient dans un contexte où la Force multinationale mixte (FMM), regroupant le Cameroun, le Nigeria, le Niger et le Tchad, peine à enrayer durablement la menace Boko Haram malgré des années d'opérations conjointes.
À l'heure où le pays mobilise ses ressources autour d'échéances politiques et sportives majeures, la question sécuritaire à l'Extrême-Nord rappelle, avec une brutalité que rien n'atténue, que pour des milliers de Camerounais, la priorité absolue reste, simplement, de survivre.