La sanction du Conseil National de la Communication (CNC) contre Boney Philippe continue de faire des vagues. Depuis que le régulateur a prononcé la suspension d'un mois du directeur général des médias du Groupe L'Anecdote et présentateur du grand débat dominical Club d'Élites, en raison de propos tenus lors des éditions des 8 et 15 février 2026, les réactions se multiplient dans le milieu médiatique et intellectuel camerounais. L'une des plus tranchantes vient de l'économiste et essayiste Dieudonné Essomba, qui prend la défense du journaliste avec une clarté désarmante : les propos incriminés sont les siens, pas ceux de l'animateur.
Dans un extrait diffusé sur le plateau de Club d'Élites sur Vision 4, Dieudonné Essomba s'est adressé directement à Boney Philippe en des termes qui sonnent comme une mise au point publique à l'adresse du CNC. « C'est dommage qu'on vous impute des responsabilités qui ne sont pas les vôtres. Vous n'êtes pas responsable de ce qui sort de ma bouche », a-t-il déclaré, établissant d'emblée une distinction fondamentale entre la responsabilité de l'animateur et celle des invités.
L'argument est juridiquement solide : un journaliste qui conduit un débat n'est pas l'auteur des opinions qui s'y expriment. « Vous n'êtes pas là pour nous imposer des mots. Vous n'êtes pas là pour nous imposer des pensées », a-t-il poursuivi.
Dieudonné Essomba va plus loin en dénonçant la logique même de la sanction. « Tout en reconnaissant que c'est le droit de réguler, on ne peut pas vous transformer en une sorte de bouc émissaire des opinions que les uns et les autres peuvent émettre », a-t-il affirmé, avant d'illustrer sa position par un exemple concret : « Si quelqu'un vient et se met à faire la promotion du tribalisme, vous allez m'arrêter. Mais on ne peut pas vous imputer mes propos. »
La distinction est nette : sanctionner l'animateur pour ne pas avoir interrompu un invité revient à punir le cadre plutôt que le contenu, le canal plutôt que le message. « Je sais faire la différence entre conduire l'émission, ce qui est de votre responsabilité, et les propos tenus », a-t-il conclu, avant d'assumer explicitement : « Moi, j'assume mes propos. »
Le fond du débat reste entier. Le CNC reproche à Boney Philippe des déclarations diffusées lors des éditions du 8 et 15 février 2026 de Club d'Élites, estimant que certains propos « visaient le Premier ministre et mettaient en cause l'intégrité du scrutin » de la présidentielle d'octobre 2025. Une sanction qui survient près d'un mois après la diffusion des émissions concernées, et quelques jours seulement après la nomination de Boney Philippe au poste de Directeur Général des Médias du Groupe L'Anecdote — un timing que certains observateurs jugent pour le moins suggestif.
L'affaire s'inscrit dans un contexte de pression croissante sur les médias camerounais qui ont couvert ou analysé les résultats de la présidentielle — le quotidien Le Jour et son directeur Haman Mana ayant eux aussi été sanctionnés dans la même période pour des raisons similaires.