Le gouvernement de Biya à terre: quand Henri Eyebe Ayissi annule ce qu'il a annulé — la cacophonie foncière du MINDCAF exposée

Ministre Ayissi 123 Image illustrative

Mon, 9 Mar 2026 Source: www.camerounweb.com

Une correspondance officielle signée de la main du ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF), Henri Eyebe Ayissi, circulant actuellement sur les réseaux sociaux, est devenue le symbole involontaire d'un mal profond qui ronge la gestion foncière au Cameroun. En cinq occurrences du mot « rapportant » dans un seul document administratif, le ministre a mis noir sur blanc l'une des pratiques les plus décriées du système : la cascade infinie d'annulations qui s'annulent elles-mêmes, créant une insécurité juridique totale pour les détenteurs de titres fonciers.

En droit administratif camerounais, « rapporter » un acte signifie le retirer, le considérer comme n'ayant jamais existé. C'est une forme d'annulation rétroactive. Mais dans la correspondance du MINDCAF adressée à un certain Monsieur Sosso Aurélien le 3 mars 2026, la logique s'emballe. Le ministre rapporte un arrêté du 23 janvier 2026, lequel rapportait un arrêté du 15 décembre 2025, lequel rapportait un arrêté de décembre 2018, lequel rapportait un arrêté de juin 2010 constatant la nullité d'ordre public du titre foncier n°39959/W de l'État du Cameroun.

En clair : le MINDCAF annule, puis annule ce qu'il a annulé, puis annule ce qui annulait ce qu'il avait annulé — et ainsi de suite sur plus de 15 ans.

Pour mesurer concrètement les dégâts que peut causer ce type de pratique sur un titre foncier ordinaire, voici une simulation :

Un titre foncier est délivré. Un premier arrêté ministériel l'annule. Un deuxième arrêté rapporte le premier — le titre est donc rétabli. Un troisième arrêté rapporte le deuxième — le titre est de nouveau annulé. Un quatrième arrêté rapporte le troisième — le titre est de nouveau valide. Et ainsi de suite, indéfiniment.

Le résultat est implacable : le propriétaire légitime ne sait jamais avec certitude s'il détient un droit réel sur sa parcelle. Chaque nouvelle décision ministérielle peut effacer la précédente. Dans un litige entre deux parties, chacune gagne et perd alternativement au gré des arrêtés. Personne ne gagne jamais définitivement. L'affaire est éternisée — et beaucoup soupçonnent que c'est précisément le but recherché.

Ce scandale administrative ne surprend pas tous les observateurs. La Cour Suprême du Cameroun avait elle-même, lors de sa récente rentrée solennelle, dénoncé ces pratiques de l'administration foncière, pointant l'insécurité juridique qu'elles génèrent et les contentieux sans fin qu'elles alimentent dans les tribunaux.

La correspondance du MINDCAF du 3 mars 2026 — qui invite son destinataire à « prendre l'attache du Cabinet Conseil ATOU en vue de la régularisation de sa situation juridique » — est une confirmation supplémentaire que l'administration elle-même reconnaît, implicitement, l'état de désordre dans lequel se trouve la gestion des titres fonciers au Cameroun.

La question que tout le monde se pose est celle que pose l'auteur de l'analyse du document : pourquoi un ministre peut-il se prononcer et se dédire indéfiniment sur la même affaire ? Dans un pays où le foncier est l'une des principales sources de conflits — parfois violents —, cette instabilité juridique entretenue est autant un échec institutionnel qu'une potentielle source de corruption systémique.

Le document d'Eyebe Ayissi n'est peut-être qu'un exemple parmi des milliers. Mais en mettant le mot « rapportant » cinq fois de suite dans un seul courrier officiel, le ministre a, sans le vouloir, signé l'aveu le plus éloquent de la cacophonie qui règne au MINDCAF.

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