Yaoundé, le 10 mars 2026 — Derrière le débat technique sur la réforme constitutionnelle en cours se cache une équation existentielle que Paul Biya, 93 ans et plus de quatre décennies au pouvoir, repousse inlassablement depuis au moins deux mandats. Selon les révélations de Jeune Afrique dans son édition du 10 mars 2026, la vraie question n'est pas de savoir si la vice-présidence sera créée — c'est de savoir si le chef de l'État est psychologiquement prêt à admettre publiquement que son règne a une fin. Car comme le formule un proche de la présidence cité par le magazine : « Nommer un vice-président, c'est sonner le début de la fin. Beaucoup l'attendent, mais y est-il prêt ? »
Ce n'est pas la première fois que le Cameroun se retrouve au bord du précipice constitutionnel — et que Paul Biya choisit de reculer. Jeune Afrique rappelle que dès 2007-2008, le chef de l'État avait fait plancher ses stratèges sur une réforme d'ampleur. L'opinion était alors quasi certaine : il allait en profiter pour désigner un dauphin via la vice-présidence. Les noms circulaient déjà — Marafa Hamidou Yaya, Peter Mafany Musonge, Philémon Yang.
Résultat : la Constitution fut bien modifiée — mais uniquement pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. La vice-présidence, elle, ne vit pas le jour. Paul Biya avait choisi de prolonger son règne plutôt que de préparer sa succession. Un choix qui résume à lui seul sa conception du pouvoir.
Dix-huit ans plus tard, Jeune Afrique décrit une situation qui présente des similitudes troublantes. La réforme est techniquement prête. Les noms de prétendants circulent à nouveau. Et pourtant, des sources proches du RDPC mises en avant par le magazine mettent en garde contre un excès d'optimisme : « Tout ce qui est imminent est un peu suspect à Yaoundé, et le président a horreur qu'on lui force la main. »
Un politologue camerounais interrogé par Jeune Afrique résume le paradoxe avec une lucidité désarmante : « Que sait-on vraiment ? Que le président a demandé à certains de rédiger un ou des projets, qu'il reprendra totalement, en partie ou même pas du tout ? Il sera le seul à décider. »
Jeune Afrique ouvre également la piste d'un scénario d'esquive que Paul Biya a déjà utilisé dans le passé : réformer sans aller au bout, pour montrer qu'il agit sans pour autant lâcher les rênes. Concrètement, cela pourrait se traduire par une réforme « a minima » — un redécoupage administratif, une réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans, voire un simple toilettage du Code électoral — sans création de vice-présidence.
Une manœuvre qui lui permettrait de donner des gages sans se lier les mains. De réformer sans abdiquer. De répondre à la pression sans y céder.
Au fond, ce que cette longue saga constitutionnelle révèle, c'est la nature profonde d'un système bâti autour d'un homme seul. Comme le note Jeune Afrique, « ce que cela vient consacrer, c'est qu'en matière de renouvellement du pouvoir au Cameroun, on attend davantage d'une nomination potentielle que d'une élection ». Dans un régime où tout émane d'une seule volonté, même la question de la succession est captive de cette volonté — et ne peut se résoudre qu'avec elle.
Paul Biya signera-t-il le texte ? Ou laissera-t-il une nouvelle fois le suspense s'étirer, comme il sait si bien le faire depuis quarante-trois ans ?