Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) aborde un tournant stratégique majeur avec une ambition affichée : participer aux prochaines élections législatives et locales et imposer un rapport de force au RDPC de Paul Biya à l'Assemblée nationale. Une décision historique qui tranche avec le boycott fatal de 2020, qui avait coûté au parti de Maurice Kamto toute présence au Parlement. Mais selon les révélations de Jeune Afrique dans son édition du 11 mars 2026, cette ambition électorale se heurte à une crise interne qui menace de paralyser la machine avant même qu'elle ne démarre.
La décision de jouer le jeu électoral n'a pas été prise à la légère. En 2020, le MRC avait choisi de boycotter les législatives pour protester contre les conditions politiques du scrutin. Résultat : une absence totale à l'Assemblée nationale pendant cinq ans, et une marginalisation progressive du parti dans le débat parlementaire. Jeune Afrique rappelle que cette fois, la direction a pris le contre-pied de cette stratégie — et le contre-pied aussi d'Issa Tchiroma Bakary, opposant en exil en Gambie, qui a lui appelé ses troupes à ne pas participer aux prochains scrutins.
Lors de la convention extraordinaire de début 2026, Mamadou Mota avait fixé le cap en termes guerriers : transformer chaque cellule locale du MRC en « forteresse de la Renaissance », conquérir des bastions et peser sur le scrutin national. Un discours de mobilisation qui sonne creux tant que la maison n'est pas en ordre.
Jeune Afrique précise que si les dates des élections restent encore incertaines, elles pourraient se tenir dès août 2026, avec une convocation du corps électoral dès le mois de mai. Ce calendrier laisse au MRC un délai extrêmement court pour résoudre sa crise interne, déployer ses listes de candidats dans les 17 fédérations régionales et mobiliser un électorat qui a parfois perdu confiance dans la capacité du parti à peser sur le cours des choses.
L'affaire Okala Ebode, une distraction à 78 jours du scrutin
C'est dans ce contexte d'urgence que la crise Okala Ebode prend toute sa dimension perturbatrice. L'ancien trésorier national adjoint, exclu après s'être opposé publiquement au retour de Kamto, a engagé plusieurs procédures judiciaires — dont une requête en nullité devant le TGI du Mfoundi et une audience fixée au 19 mars devant le TPI de Douala-Ndokoti. Selon Jeune Afrique, cette judiciarisation « pourrait compliquer la mise en branle de la machine politique de Maurice Kamto » en offrant à la justice camerounaise — « souvent contestée dans son indépendance » — l'occasion de s'immiscer dans les affaires internes d'un parti d'opposition.
Le risque est double : une décision judiciaire défavorable qui invaliderait la convention de début 2026, ou des audiences médiatisées qui donneraient à voir un MRC en guerre contre lui-même à la veille d'une campagne électorale.
Jeune Afrique conclut sur un constat lucide : « derrière la façade d'unité, les lignes de fracture restent bien réelles. » Le MRC a survécu à des années de répression, à l'emprisonnement de son leader, aux défections entre 2020 et 2025. Il devra maintenant démontrer qu'il peut aussi survivre à ses propres contradictions internes — et les résoudre avant que les urnes ne rendent leur verdict.